3.7.08

Le déficit démocratique : et si le peuple avait raison.

Une fois que l’on admet que la lisibilité est un faux problème (billet du 22 juin), il faut trouver une autre explication, et les commentateurs évoquent maintenant le déficit démocratique.
S’agissant du déficit démocratique de l’Union à 27, Union à 27 qui aurait dû suivre la réorganisation de l’Union permettant d’absorber en douceur les 12 nouveaux membres, et non la précéder, il résulte du choix de réaliser l’élargissement, pour des raisons d’urgence (que personne n’ose critiquer), avant d’être prêt à surmonter les difficultés qui ne pouvaient pas manquer d’en résulter.
La situation actuelle, caractérisée par des contrariétés qui s’accumulent, ne devrait pas s’améliorer par quelques cautères démocratiques apposés sur la jambe de bois qui freine, voire bloque, les avancées que devrait faire l’Union. Il est donc temps de se demander si le peuple n’a pas raison en disant que l’état actuel de l’Union, mélangeant désormais des nations qui n’ont pas la même conception de ce qu’elle est, ne pourra pas être amélioré. Cette opinion est fréquemment renforcée par la preuve qu’en apportent les nouveaux membres.
Il est devenu insupportable de continuer à faire des négociations dans lesquelles plus de la moitié des membres exigent, et obtiennent, des traitements privilégiés ; ces concessions sont en outre dangereuses, car il en résulte une détérioration du sentiment d’unité, qui nuit évidemment aux progrès de l’Union.
Il serait souhaitable que les partisans d’une Union Européenne Puissante, Solidaire et Ambitieuse, fassent connaître qu’ils sont toujours impatients de poursuivre le développement de l’Union, et qu’ils s’y engageront dès que les nouveaux membres auront manifesté leur adhésion à un projet européen dépassant le marché libre.
Cela demandera sans doute pas mal de temps ; aussi il faut envisager que les difficultés pressantes qui pourraient apparaître, dans le domaine de l’énergie par exemple, amèneront certains états à constituer des coopérations renforcées, afin que les lenteurs causées par une conception étriquée de l’Europe telle que celle des Anglo-Saxons & associés, ne les prive pas de solutions nécessaires à la satisfaction de leurs besoins vitaux.

1 commentaire:

arnaudh a dit…

Autant je trouve que l'article sur la lisibilité est juste, autant je trouve que celui-ci est intéressant mais qu'il fait des impasses:

- le peuple ne demande pas des coopérations renforcées ailleurs que dans le domaine social et fiscal (la communauté pour l'énergie est un fait politique et non populaire, certains iraient jusqu'à dire une demande technocratique pour dépasser les défaillances du paquet énergie de Barroso).

- une Union continentale demeure le seul ensemble utile et logique à l'heure de la mondialisation (sous peine d'accélération du mouvement de délocalisation intra-continental). Cela s'accompagne du besoin de développer une plus grande lisibilité des stratégies nationales divergentes des nouveaux membres, et d'user de ces failles pour trouver de nouveaux équilibres au sein de l'UE, plutôt que de les englober dans un ensemble homogène (Bloc Est ou Bloc Ultra-Libéral), et de simplifier notre perception de l'UE au simple "avec la France ou contre la France", tout comme le "avec le Royaume-Uni ou contre le "Royaume-Uni"...

- les coopérations renforcées existent depuis 1992, nous n'inventons rien (les théoriciens de l'UE iront jusqu'à dire qu'elles existent depuis toujours avec les accords d'association prônant une intégration à plusieurs vitesses). Elles doivent continuer au rythme imposé par les blocages des uns et des autres (considérer que les blocages viennent uniquement de l'Est ou du Royaume-Uni est une erreur; selon les sujets, l'histoire récente a aussi démontré des blocages en provenance du sud du continent avec l'Espagne et le Portugal, du nord avec la Suède, le Danemark et l'Irlande, etc. - c'est ce qui force les partisans d'une Union à deux vitesses à se rabattre de manière illusoire sur les pays fondateurs, comme si une unité de vision existait parmi les six membres fondateurs, erreur naïve lorsque l'on considère les majorités belges, néerlandaises et italiennes actuelles, et la perte de vitesse de la relation franco-allemande sous les deux dernières présidences françaises).

- la recherche d'une plus grande lisibilité des institutions européennes par les citoyens, et d'une plus grande responsabilité représentative pour les décideurs européens (notamment au sein du Conseil et la Commission), demeurent des objectifs institutionnels à moyen / long terme si l'on veut régler les problèmes de fond de la méthode inter-gouvernementale à 27 (voire 47).

Mais bon, tout ce qui permettra de clarifier le débat nous fera avancer ;-)