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24.5.16

Les hommes et le pouvoir

“When it comes to leaders we have, if anything, a superabundance—hundreds of Pied Pipers…ready and anxious to lead the population. They are scurrying around, collecting consensus, gathering as wide an acceptance as possible. But what they are not doing, very notably, is standing still and saying, ' This is what I believe. This I will do and that I will not do. This is my code of behavior and that is outside it. This is excellent and that is trash.' There is an abdication of moral leadership in the sense of a general unwillingness to state standards….Of all the ills that our poor…society is heir to, the focal one, it seems to me, from which so much of our uneasiness and confusion derive, is the absence of standards. We are too unsure of ourselves to assert them, to stick by them, if necessary in the case of persons who occupy positions of authority, to impose them. We seem to be afflicted by a widespread and eroding reluctance to take any stand on any values, moral, behavioral or esthetic.” 
― Barbara W. Tuchman (Historienne américaine 1912-1989)

"Quand on en arrive aux dirigeants que nous avons plutôt en surabondance - des centaines de joueurs de flûte ... disponibles et désireux de diriger le peuple. Ils se précipitent partout pour collecter des votes, et réunir une majorité aussi large que possible. Mais ce qu'il ne font pas, très visiblement, c'est s'immobiliser et dire :" Voilà ce que je crois. Ce que je vais faire et ce que je ne ferai pas. Voilà ce qui règle mon comportement, et ce que je m'interdis. Ce que je trouve excellent et ce qui m'est inacceptable". C'est un refus d'exercer une commandement moral au sens d'une réticence  générale à établir des règles.... De toutes les maladies dont notre malheureuse société a hérité, celle qui est la plus importante, et de laquelle tant de perturbation et de confusion découlent, c'est l'absence de règles. Nous doutons trop de nous-mêmes pour les affirmer, les respecter, si nécessaire dans le cas de personnes qui occupent une position d'autorité, les imposer. Nous semblons affligés par un refus total et épuisant de prendre une position sur quelque valeur que ce soit, morale, comportementale ou esthétique."

Je me demande, mes chers compatriotes, si nous ne pourrions pas faire les mêmes constatations sur notre personnel politique.

5.5.09

Pour en finir avec « too big to fail »

Au moment où il y a lieu de s’inquiéter de l’évidente intention de la finance US de faire payer les dégâts de la crise aux contribuables pour reprendre ensuite le chemin qui lui a été si profitable (au moins pendant un temps), et de la non moins évidente difficulté de l’Administration Obama à imposer ses vues, il n’est pas inutile de s’interroger sur les causes qui ont permis la monstrueuse croissance des banques d'affaires. C’est l’exercice auquel se livre The New Yorker dans son numéro du 4 mai 2009[1].

Après avoir rappelé que la principale fonction des banques d’affaires est de répondre aux besoins des entreprises en capitaux, y sont décrites les trois périodes au cours desquelles l’économie connût des transformations majeures, générant des besoins en capitaux nouveaux, la croissance de ces besoins causant la croissance des banques d’affaires. Ces trois périodes sont :
- la seconde révolution industrielle de la fin du 19ème siècle ;
- les années vingt au cours desquelles l’électrification transforma l’industrie ;
- l’arrivée des technologies de l’information dans les années quatre vingt.

Cela conduit à la constatation que jusqu’en 1996 la croissance des banques d’affaires a suivi les besoins de l’économie. C’est ensuite que les choses se gâtèrent, car tout ce que l’on a obtenu en échange fut des hectares de maisons vides.

D’où une conclusion, sévère mais juste, sur ce qu’il faut impérativement faire :
Outre la réduction immédiate de la taille des banques d’affaires, nous avons la tâche plus difficile de rendre les bulles de crédit, identiques à celle que nous venons de vivre, moins probables. Cela va exiger la limitation du recours excessif à l’effet de levier, qui augmente évidemment le risque sans valeur ajoutée économique. De nombreuses innovations financières semblent aussi surévaluées car il n’est pas clair qu’elles contribuent à l’accomplissement de la mission principale qui est de conduire le capital aux entreprises. Mais il est sans doute plus difficile de légiférer sur le changement le plus important : Wall Street doit reconnaître que sa fonction, telle qu’elle a été dans le passé, est de suivre l’économie réelle, et non de la diriger. Durant la bulle immobilière, le secteur financier a essentiellement cherché à créer la réalité. Maintenant, le temps est venu de se contenter d’y répondre.

On voit, car ce n’est pas le seul exemple d’analyse américaine de la crise très proche des points de vue européens, que l’Europe aurait grand tort de réduire ses exigences sur la réforme de la finance mondiale ; il existe une vaste opposition à l’idée que Wall Street puisse repartir « comme avant ». Cependant, cette finance, qui reste arrogante alors que son proche avenir est très incertain, peut encore perturber l’économie, et il est permis de se demander si cette menace n’explique pas l’attitude parfois surprenante de l’Administration Obama.


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[1] Monsters Inc. By James Surowiecki

28.2.09

L’économie : une science pleine d’avenir

Le pire pour un jeune savant c’est d’avoir choisi une science qui n’a plus grand-chose à découvrir ; les places vont être horriblement chères et seront ramassées par les mandarins d’âge canonique, voire de cinquante ans et plus.

Heureusement, l’économie est une science toute neuve ; on cite encore tous les jours Adam Smith (avec un nom pareil c’est forcément la métaphore du Premier Économiste Inconnu qui a eu le grand tort de faire croire aux économistes qu’ils pouvaient voir des choses invisibles), et le comble de la culture économique consiste à évoquer un brillant trader qui avait entrepris, entre les deux guerres, de faire tourner en bourrique les smithsonniens[1]. Il y a donc une place énorme à prendre pour les étudiants en économie pleins d’avenir comme Fitoussi et ses pareils.
Parmi les domaines de recherche qui viennent immédiatement à l’esprit, parce qu’ils sont absolument vierges d’une part, et parce qu’il serait fort utile qu’ils ne le fussent point d’autre part, on trouve : la prévision des crises en général et même des crises financières, si c’est possible ; la solution des crises (problème qui se pose surtout quand la prévision d’icelles a foiré grave) ; le perfectionnement du théorème de non faillite des États par le corollaire du « quoique l’augmentation des taux d’intérêts des emprunts souverains résultant de la dégradation de la note de solvabilité, c’est kifkif » ; l’amélioration urgente du postulat sur l’utilité des plans de relance quand on ignore à quel stade de la crise on se trouve ; et la révision de concepts d’application ardue en période de crise, tels que la concurrence, la mondialisation, la non résorption des déficits et ses conséquences, etc.

Merci d’avance aux étudiants pleins d’avenir de leur contribution à la solution de nos problèmes.

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[1] On connaît l’anecdote attribuée à Churchill : quand je demande un avis à 10 économistes, j’en reçoit onze car Keynes en envoie deux.

10.1.09

Financer les dividendes par des emprunts

« Quoting the Crisis »[1] nous a encore déniché une information fascinante[2] sur une innovation appliquée dans les années 2004 à 2006 au financement des sommes versées aux actionnaires, pratiquement dans une bonne partie de l’univers de l’american business way (les entreprises de l’indice S.&P.500). Comme chacun sait, ces sommes comprennent les dividendes et les rachats d’actions en bourse. Pendant la période en question et pour les 500 entreprises de l’indice, les dividendes se sont élevés à 900 milliards de dollars et les rachats d’actions à 1700 milliards, soit au total à 2600 milliards, alors que les bénéfices nets de ces mêmes sociétés ne dépassaient pas 2400 milliards de dollars.

Il y a donc eu, au cours de cette période, au moins 200 milliards de dollars (et probablement beaucoup plus car on peut espérer qu’un échantillon de dirigeants sains survivait encore à cette époque), ont été empruntés pour être versés aux actionnaires, technique étonnante[3] qui n’apparaissait jusqu’alors dans aucun manuel des fameuses business schools locales.

Vient évidemment à l’esprit une question sur les conditions auxquelles ces prêts ont été consentis. Si par malheur ces conditions ressemblaient, peu ou prou, à celles qui étaient, au même moment, consenties pour les prêts subprimes, AMR (taux hypothécaire variable) ou autre, les entreprises concernées doivent envisager de sérieuses difficultés lors du renouvellement de ces crédits.

Finalement, la crise économique américaine ne se limitera sans doute pas à l’immobilier, à la finance, et à toutes les activités indirectement entraînées, mais aussi à celle qui auraient pu y échapper mais s’y seront conduites toutes seules.

Incidemment, on attend avec le plus vif intérêt que l’argument selon lequel la crise économique mondiale étendant actuellement ses ravages (dont nous sommes incapables de mesurer ni la durée, ni l’étendue), ne retire rien au mérite de la croissance supplémentaire qu’ont entraîné les folies des financiers, soit soutenu par quelques chiffres, et aussi quelques soustractions déduisant les grandes pertes réelles du présent des bénéfices du passé. Sans l’évaluation de ce solde, l’argument n’est pas présentable, et le sera de moins en moins, au fur et à mesure de l’apparition des conséquences de la crise.

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[1] http://quotingthecrisis.tumblr.com/
[2] http://www.nytimes.com/2009/01/09/business/09norris.html?_r=1&ref=business
[3] Le rachat de ses propres action par une société suppose A. qu’elle a un excédent de trésorerie, et B. qu’elle n’a aucun projet d’investissement présentant le moindre intérêt

7.1.09

Quelle déflation ? …

La grande crainte aujourd’hui serait la déflation, la baisse de prix générale et durable qui amène les consommateurs et les entreprises à retarder leurs dépenses et leurs investissements dans l’attente de nouvelles baisses de prix, ce décalage aggravant la crise dans un cercle vicieux que rien ne peut arrêter.

D’après les experts, cette baisse générale des prix augmente les taux d’intérêts réels et accroît ainsi le poids de la dette des agents économiques. On fera respectueusement observer aux dits experts qu’ils parlent là de baisse des revenus et non de baisse des prix, ou alors considèrent-ils les prix comme des revenus, c'est-à-dire qu’ils parlent des petits commerçants (espèce en voie de disparition), ou d’agriculteurs dont la production ne risque pas de souffrit d’une longue baisse des prix. Mais dans une société composée en majorité de salariés à revenu quasiment fixe, même une augmentation importante du chômage laissera un nombre considérable de consommateurs avec des revenus inchangés, et le principal souci budgétaire, social et économique, sera de pourvoir aux besoins de ceux qui ont perdu leur emploi, et non d’arrondir le pouvoir d’achat de ceux qui l’ont conservé.
Il n’est pas inutile de faire observer aux experts que si la crise entraîne très naturellement un accroissement de l’épargne de précaution, avant même toute baisse éventuelle des prix, qui résultera en une baisse de la demande globale inévitable, c’est un comportement socialement sain et peu critiquable ; en effet, le désir de se protéger du risque de tomber à la charge de la société en cas de difficulté est normalement à encourager.
La diminution de la demande oblige les entreprises à s’adapter par toutes les voies possibles, y compris la baisse de prix, mais pas seulement, et en vue d’une situation compétitive destinée à s’améliorer pour les meilleures. Par ailleurs, si cette diminution de la demande se porte pour beaucoup sur l’immense domaine du superflu ou de l’inutile, ce qu’il n’est pas interdit de souhaiter (mais c’est évidemment à chacun de le définir), on devrait aussi concevoir une politique anticrise permettant de satisfaire les besoins vitaux de l’ensemble de la population.

Il est certainement possible d’y parvenir car la crainte décrite au début repose, pour l’essentiel, sur un raisonnement apparemment rationnel, mais dangereusement approximatif : la perspective d’une baisse future ne conduit pas toujours à retarder la décision d’achat tant que la perspective de baisse subsiste. En effet la liste des cas ou des circonstances où ce raisonnement ne s’applique pas porte sur des familles de produits très importantes :
- tous les biens de première nécessité
- les biens atteignant un niveau de prix où leur utilité pour l’acquéreur devient indiscutable, voire irrésistible (en particulier sous l’effet du progrès technologique), sans attendre la prochaine baisse
- les biens avec une importante composante matières premières dont le sens des variations de prix est imprévisible
La seule déflation dangereuse est celle qui résulterait de la baisse du prix du travail humain, et cette déflation là est déjà survenue : c’est celle qui a résulté des délocalisations, et elle a effectivement provoqué des ravages dont on souffre encore.

S’il faut démontrer que le raisonnement sur la déflation n’est pas d’application générale, l’exemple des produits technologiques est particulièrement frappant ; à chaque baisse de prix correspond un élargissement de la demande qui provoque une nouvelle baisse, etc. Tout le contraire de l’effet déflation : c’est la baisse qui génère la croissance.
Dans l’autre sens, l’éclatement des bulles entraîne une baisse de prix rapide, souhaitable pour en éliminer les excès, et permettre aux ménages de reprendre les acquisitions (dans le cas du logement), ou aux épargnants de reprendre les investissements (cas des actions), réactions évidemment souhaitables. De même, la destruction des entreprises affaiblies fait partie de la préparation du redémarrage de l’économie.

Tout ceci amène à penser que les programmes de relance de l’économie doivent moins ambitionner un redressement miraculeux avec de l’argent emprunté que l’on distribuerait largement à tous les consommateurs pour alimenter une demande supplémentaire d’importations asiatiques, en leur faisant payer, d’une manière ou d’une autre, l’année suivante, les intérêts de l’emprunt, qu’un programme assurant méticuleusement le nécessaire aux victimes de la crise, et aux autres les aides financières productives soit aux ménages soit aux entreprises leur permettant d’améliorer durablement leur situation.

22.12.08

Le mythe des modèles mathématiques

C’est curieux, le seul tort que veulent bien reconnaître les banquiers c’est de ne pas avoir compris les applications mathématiques sophistiquées qu’ils croyaient indispensables au développement de leurs activités et de leurs profits. Comme la plupart des gens n’ont qu’une sympathie très limitée pour les mathématiques, ils y voient une circonstance atténuant la responsabilité des grands patrons des banques. Malheureusement c’est faux ; il y a certes des applications mathématiques complexes utiles dans certains domaines, comme les options ou les warrants, mais le niveau de mathématiques nécessaire pour établir l’échéancier d’un crédit immobilier, serait-il à des conditions insensées comme les « subprimes option ARM », ne dépasse pas le niveau de la classe de première.
Or, l’étape actuelle de la crise financière est principalement causée par les prêts immobiliers, et les mathématiques n’y sont pour rien. En effet, on s’aperçoit progressivement que, pour faire apparaître de très juteux profits sur des prêts consentis à des foyers aux ressources insuffisantes pour faire face aux remboursements, il doit y avoir un truc. Le truc c’est d’utiliser un artifice comptable qui n’a pas été conçu pour un usage manifestement abusif : la comptabilisation, le jour de la signature du contrat, de la totalité du profit attendu sur toute la durée du contrat, souvent trente ans.
Alors, on peut supposer que certains de ces responsables de grandes banques sont d’un niveau de nullité qui leur permettait de ne pas découvrir cela, mais constatant que le Directeur de la Banque de France non seulement le sait, mais s’en inquiète[1], on est forcé de se demander si ce mythe des modèles mathématiques, dissimulation aux effets peu durables, ne révèle pas de profondes inquiétudes.

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[1] http://www.banque-france.fr/fr/instit/telechar/discours/2008/disc20081211.pdf

20.12.08

Les activités pour compte propre des banques

Pour ceux qui s’intéressent à l’opinion des Américains sur la crise et la finance, le blog « Quoting the Crisis » est une source prolifique de références. Hier il nous a amené une citation de Paul Krugman, extraite de son billet du NYTimes[1] : « Au cours des dernières année le secteur financier a représenté 8% du PNB américain, au lieu de moins de 5% précédemment. Si ce supplément de 3% n’a servi à rien – et c’est probablement le cas – on parle d’environ 400 Milliards de $ par an de gaspillage, tromperie et pratiques abusives. »
Il faut l’autorité d’un prix Nobel pour oser une telle accusation, mais maintenant qu’il a ouvert le débat, on aurait tort de ne pas le poursuivre. Et cela d’autant plus que cette accusation va à contre courant du discours fréquent nous alertant sur l’impérieuse nécessité de ne pas freiner l’expansion de la création financière si profitable à l’économie (paraîtrait-il, ce que ne croit apparemment Paul Krugman), et que ne manquerait pas de causer tout renforcement de la régulation.
On nous a expliqué à juste titre que la finance jouait un rôle irremplaçable dans l’économie, et qu’il était donc de l’intérêt général d’empêcher les banques de faire faillite. Ce point n’étant pas contesté, il en résulte un statut de quasi service public justifiant les soutiens qui leur sont accordés, voire imposés, jusqu’à la nationalisation si nécessaire. A partir de là l’intérêt général implique que la mission du système bancaire soit légèrement redéfinie, l’intérêt de la corporation financière devrait-il, non moins légèrement, souffrir de sa soumission à l’intérêt général.
Dans l’absence de statistiques solides, les informations dont on dispose permettent cependant d’affirmer que les activités pour compte propre des banques on soit été la cause de pertes considérables causées par une organisation insuffisante ou par une sous estimation des risques pris, soit généré des profits pour le moins discutables par trahison des intérêts de leurs propres clients, c'est-à-dire exactement les gaspillages, tromperie et pratiques abusives dont parle Paul Krugman. Rien ne devrait donc s’opposer à l’obligation de sortir les activités pour compte propre du statut bancaire ; si les actionnaires des banques veulent les poursuivre, libre à eux de constituer, hors du capital de la banque et de ses services, toute entreprise adaptée à cette activité, mais non susceptible de mettre en péril une banque.
A ceux que choquerait une telle mesure, demandons ce qu’ils penseraient si on autorisait d’autres corporations à entretenir aux frais de l’économie réelle une activité pour compte propre ; par exemple si les professions de santé s’organisaient pour qu’un étage de tous les hôpitaux se consacre uniquement aux personnels de santé ; s’y concentrerait l’élite du corps médical pour soigner le corps médical au moyen des techniques, matériels et molécules de dernier cri, le tout au frais de l’économie générale.
[1] http://www.nytimes.com/2008/12/19/opinion/19krugman.html?_r=3&em
« […]In recent years the finance sector accounted for 8 percent of America’s G.D.P., up from less than 5 percent a generation earlier. If that extra 3 percent was money for nothing — and it probably was — we’re talking about $400 billion a year in waste, fraud and abuse. […]”

17.12.08

Faut pas s’embêter avec les détails …

A la quatrième place de la liste des 10 meilleures citations de 2008 du Yale book of quotations, on trouve cette étonnante réponse du porte-parole du Treasury Department à qui on demandait d’expliquer comment avait été fixé le montant de 700 milliards de dollars du programme initial de secours à l’économie : Ce n’est pas basé sur des données particulières, on voulait juste choisir un nombre vraiment grand.

Quand on vous dit que la haute finance c’est très, très, très, très, très, très, compliqué …
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http://www.nydailynews.com/news/2008/12/15/2008-12-15_top_ten_quotes_of_2008.html

16.12.08

La confiance pose-t-elle plus de problèmes qu’elle n’est supposée en résoudre ?

On nous a beaucoup parlé de la confiance comme une vertu qui apporte aux sociétés qui la pratiquent le succès et le bonheur. Et certain avaient si bien gobé cet hameçon qu’il y a même eu des livres qui décrivaient la confiance comme une condition indispensable à la réussite économique, c'est-à-dire à la croissance du PIB, aux dividendes, et, pourquoi pas, au bonus (voir notre article du 5 Août 2008 De la confiance, en gros et en détail).
Malheureusement la confiance n’est pas une vertu, c’est un sentiment qui peut soutenir l’exercice de véritables vertus comme la franchise ou la générosité, mais en aucun cas suffire à l’action, de même qu’il ne faut pas agir sous l’empire de la haine ou de la jalousie. Lorsque ce point important est admis, peut-on répondre à la question posée en titre ? Ou bien, plus utilement encore, peut-elle, convenablement appliquée, nous aider à agir ?
Chaque fois que l’on décide de faire quelque chose avec une machine ou avec un animal, on évalue le risque qui résultera nécessairement, mais avec plus ou moins d’intensité, de cette action. Selon l’évaluation que l’on fait de ce risque, on procédera à l’action prévue, ou on s’équipera d’une protection (casque ou tablier) ou d’une garantie (assurance), ou éventuellement, on y renoncera, le risque s’avérant dépasser nos forces ou nos moyens.
Il devrait en aller de même avec les hommes ; toute action qui repose sur la participation d’autrui demande à être examinée sous l’angle de sa réussite d’abord, bien entendu, mais aussi sous l’angle de son échec possible ; et il faut évaluer les conséquences de cet échec. S’il résulte de cette analyse que la personne peut vraisemblablement conduire l’action envisagée de manière satisfaisante avec des risques d’échec mineurs et que l’on a les moyens de les supporter, on dira que l’on peut lui faire confiance, mais en vérité on se fait confiance à soi-même et à notre capacité d’analyser correctement la situation, les risques qui y sont associés et les moyens nécessaires pour réparer un éventuel échec. Et si notre analyse nous conduit à la conclusion inverse, on renoncera à l’action envisagée ; on dira alors que l’on n’a pas fait confiance à la personne, mais en vérité on ne se sera pas reconnu la capacité ou les moyens de surmonter les difficultés qu’elle pourrait nous causer.
Ainsi, si on veut parler de confiance en matière de prise de décision, il faut admettre qu’elle n’exprime pas un jugement sur la personne qui devra exécuter la décision mais sur nous-même et la capacité que nous nous reconnaissons de surmonter les difficultés.
L’application de ce petit principe par de très grandes et très hautes personnes aurait peut-être évité que des centaines de milliards s’évanouissent dans les égouts de Wall Street.

11.12.08

Qui veut une petite leçon d’économie européenne par le dernier Nobel de cette matière ?

Dans le New York Times d’aujourd’hui, de Paul Krugman, l’article suivant (traduction)[1].

Il y a une extraordinaire – et extraordinairement dépressive – interview dans Newsweek de Peer Steinbrueck, le ministre des finances allemand. L’économie mondiale est en train de faire un terrible plongeon, visible partout. Et Mr. Steinbrueck s’oppose fermement à toute mesure fiscale extraordinaire, et dénonce Gordon Brown pour son « keynésianisme crasseux ».
Vous pouvez vous demander pourquoi cela retient notre attention. L’économie allemande est certes la plus grande d’Europe, mais elle ne représente qu’un cinquième du PIB de l’U.E., et environ un quart de l’économie US. Aussi en quoi l’intransigeance allemande a-t-elle de l’importance ?
La réponse est que la nature de la crise, combinée avec le haut degré d’intégration de l’économie européenne, confère à l’Allemagne un rôle stratégique spécial actuellement – et Mr. Steinbrueck est en conséquence en train d’accomplir une quantité remarquable de dégâts.
Voici l’enjeu : nous nous dirigeons rapidement vers un monde dans lequel la politique monétaire a peu ou pas d’effet : les taux des bons du Trésor aux États-unis sont déjà à zéro, et un taux proche de zéro va bientôt prévaloir dans la zone euro. La politique fiscale est tout ce qui reste. Mais en Europe il est très difficile de faire une expansion fiscale à moins qu’elle soit coordonnée.
La raison en est que l’économie européenne est tellement intégrée : les pays européen dépensent en moyenne un quart de leur PIB en importations entre eux. Puisque les importations tendent à augmenter ou à diminuer plus vite que le PIB durant un cycle économique, cela signifie probablement qu’environ 40% de la variation de la demande finale s’échappe en traversant les frontières intra européennes. Il en résulte que le multiplicateur d’une politique fiscale dans un seul pays est moindre que le multiplicateur d’une expansion fiscale coordonnée. Et cela signifie donc que l’échange de déficits contre un soutien de l’économie, en temps de crise, est beaucoup moins favorable pour n’importe quel pays européen qui le ferait seul que s’il est fait par l’Europe dans son ensemble.
En bref, c’est un exemple classique d’une situation dans laquelle la coordination des politiques est essentielle – mais vous n’obtiendrez pas de coordination si le responsable de la politique de la plus grande économie européenne refuse d’y participer.
Et si l’Allemagne empêche une réponse européenne efficace, cela va accroître de manière importante la sévérité de la crise dans son ensemble.
Pour résumer, il y a un puissant effet multiplicateur en action ; malheureusement il est en train de multiplier l’impact de la stupidité actuelle du gouvernement allemand.

L’avant dernière phrase, très inquiétante, nous invite à suivre de très près l’évolution du plan de relance allemand.
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[1] http://krugman.blogs.nytimes.com/2008/12/11/the-economic-consequences-of-herr-steinbrueck/