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9.10.08

Les États-unis s’interrogent sur leur stratégie afghane

La transition entre l’administration actuelle et celle qui lui succédera va créer un vide du pouvoir US d’environ un semestre. Cette perspective amène les responsables aux plus hauts niveaux du gouvernement américain à se poser les questions suivantes[1] :
- Quels sont nos objectifs en Afghanistan ?
- Qu’espère-t-on accomplir ?
- De quels moyens disposons-nous ?
- Quel est le rôle de nos alliés ?
- Que savons-nous de l’ennemi ?
- Quelle est la probabilité que les gouvernements impuissants Afghan et Pakistanais s’élèvent à la hauteur de la situation ?
-
Les alliés des États-unis ont accepté d’être placé sous les ordres d’un commandement purement tactique qui ignore ses objectifs stratégiques, non parce qu’ils sont gardés secrets par son gouvernement, mais parce que son gouvernement n’y a pas encore réfléchi. Dans le meilleur des cas, la nouvelle administration y pourvoira dans six ou sept mois.
Nous avons donc envoyé des forces jouer un rôle de supplétif dans un conflit dont l’inventeur a perdu la finalité, et dont il semble ne pas savoir comment sortir.

Admettant qu’il est vain de pleurer sur le lait répandu, le moins que les alliés puissent faire, pour donner un sens à la poursuite de cette aventure, est d’exiger qu’au-dessus du commandement unique, qui militairement est utile, soit placé un conseil stratégique composé des représentants des pays alliés chargé de fixer la stratégie à appliquer pour mettre un terme à cette guerre, ou pour la poursuivre avec des objectifs clairs et les moyens qu’alors elle exigerait.

[1] Washington Post Thursday, October 9, 2008
[…] As the U.S. presidential election approaches, senior officials have expressed worry that the situation in Afghanistan and Pakistan is so tenuous that it may fall apart while a new set of U.S. policymakers settles in. Others believe a more comprehensive, airtight road map for the way ahead would limit the new president's options.
Lt. Gen. Douglas E. Lute, President Bush's senior adviser for Iraq and Afghanistan, has told Pentagon, intelligence and State Department officials to return to the basic questions: What are our objectives in Afghanistan? What can we hope to achieve? What are our resources? What is our allies' role? What do we know about the enemy? How likely is it that weak Afghan and Pakistani governments will rise to the occasion?
Alarms were first sounded early this year, when Secretary of State
Condoleezza Rice returned from a trip to Afghanistan in early February -- her first in two years -- convinced that the war there was heading downhill. Defense Secretary Robert M. Gates shared her pessimism, telling Congress that same week that Taliban insurgents had adopted more dangerous tactics, that the U.S.-led military coalition was disorganized, and that international development efforts were failing because "there is no overarching strategy." […]

22.7.08

La troisième guerre de l'opium

La première guerre de l’opium se déroula de 1840 à 1842, entre le Royaume Uni de Grande Bretagne et la Chine en raison du refus du premier de respecter les édits impériaux de la seconde qui en interdisait l’importation jugée contraire à l’intérêt du peuple chinois, argument évidemment non recevable quand il contrarie le commerce, valeur anglo-saxonne suprême.

La seconde guerre de l’opium fut déclenchée pour les mêmes raisons quelques années plus tard (1856) car l’empereur poursuivait sa petite idée, et il n’avait sans doute pas tout à fait tort puisque vers la fin du siècle 20% de la population s’adonnaient à l’opiomanie.

En 2000, l’Afghanistan était le premier producteur mondial d’opium. Les talibans, au pouvoir depuis quelques années, décrètent alors l’interdiction de la culture du pavot et la destruction des récoltes. Ce qui fut fait. En 2001, la culture du pavot a cessé. A la fin de 2001, les tribus afghanes, avec l’aide des États-unis, entamèrent la troisième guerre de l’opium, et éliminèrent rapidement les talibans, ce qui permit à la culture du pavot de redémarrer sous la protection des seigneurs de la guerre et grâce à l’incapacité du pouvoir de l’empêcher.

Actuellement la fiche de la CIA sur l’Afghanistan* mentionne sa place de premier producteur mondial avec 4474 tonnes par an d’opium, représentant 526 tonnes d’héroïne. Il précise aussi que 80 à 90% de l’héroïne consommée en Europe provient d’Afghanistan.

Celui qui s’interroge sur la présence de forces occidentales en Afghanistan aboutit forcément à la conclusion suivante : - si le but de l’intervention était d’assurer l’approvisionnement de l’Europe en héroïne, la troisième guerre de l’opium est un franc succès, et la participation européenne est parfaitement justifiée ; il ne fallait évidemment pas laisser les talibans nous priver de notre principale source d’approvisionnement ; - s’il y avait d’autres buts de guerre, officiels ou secrets, l’analyse de la situation actuelle conduit à penser qu’ils n’ont pas été atteints, et ne peuvent plus l’être, ce qui amène à se demander à quoi l’Europe participe, et si on ne le sait pas, pourquoi continuer ; à quoi la France devrait ajouter d’urgence, et pourquoi envoyer de nouvelles troupes ?

J’entends déjà des experts m’expliquer qu’il s’agit là de questions complexes, que l’Afghanistan n’est qu’une petite pièce dans l’immense puzzle stratégique conçu et exécuté par l’anglosaxonnerie partout à la pointe de la pensée, comme dans la finance par exemple, tous arguments qui nourrissent mon respect et mon admiration, mais alors dites moi quels sont maintenant vos buts de guerre et comment vous allez les atteindre. Merci d’avance.



*world's largest producer of opium; cultivation of 107,400 hectares in 2005; potential opium production of 4,475 metric tons; if the entire poppy crop were processed, it is estimated that 526 metric tons of heroin could be processed; many narcotics-processing labs throughout the country; drug trade is a source of instability and some antigovernment groups profit from the trade; significant domestic use of opiates; 80-90% of the heroin consumed in Europe comes from Afghan opium; vulnerable to narcotics money laundering through informal financial networks; source of hashish.

3.7.08

La Justice, l’Humour et la Raison

Dans le Washington Post du 1er juillet on peut lire un petit fait divers juridique qui rafraîchit quand on est un peu fatigué par le juridisme caricatural des États-unis.
L’affaire se déroule à la cour d’appel du District de Columbia ; un chinois Ouïghour, membre d’un mouvement séparatiste, avait quitté la Chine en May 2001 pour échapper aux persécutions, et vivait depuis dans un camp en Afghanistan. Après un bombardement aérien, il s’enfuit avec d’autres réfugiés Ouïghours au Pakistan oû ils furent ensuite remis aux autorités américaines.
Le tribunal qui l’avait condamné avait reconnu qu’il n’avait pas été hostile envers les États-unis ou leurs alliés, mais avait néanmoins conclu qu’il était un ennemi combattant parce qu’il vivant dans un camp Afghan connu pour être dirigé par le leader d’un groupe lié à Al-Qaïda et aux Talibans. Outre que cette affirmation n’était supportée que par une preuve dont on ignorait l’origine et le raisonnement qu’elle justifiait, les juges furent particulièrement intéressés par les assertions du gouvernement selon lesquelles on pouvait s’appuyer sur cette preuve parce qu’elle était répétée dans plusieurs documents et que des officiels n’y auraient pas inséré cette information si elle n’était pas sûre.
« Malgré Lewis Carroll, le fait que le gouvernement l’ait dit trois fois ne rend pas une allégation véridique », écrivit le juge, citant le poème « The Hunting of the Snark ».

N’est-il pas merveilleux que Lewis Carroll soit ainsi associé à la libération d’un Chinois que les bouleversements d’un monde troublé ont amené dans les geôles de la seule puissance plus redoutable que le pays dont il voulait échapper, et cela par la force immense d’un vers de 8 mots ?

Vers que voici :

What I tell you three times is true.
Lewis Carroll 1832-98: The Hunting of the Snark (1876)
Little Oxford Dictionary of Quotations