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5.5.09

Pour en finir avec « too big to fail »

Au moment où il y a lieu de s’inquiéter de l’évidente intention de la finance US de faire payer les dégâts de la crise aux contribuables pour reprendre ensuite le chemin qui lui a été si profitable (au moins pendant un temps), et de la non moins évidente difficulté de l’Administration Obama à imposer ses vues, il n’est pas inutile de s’interroger sur les causes qui ont permis la monstrueuse croissance des banques d'affaires. C’est l’exercice auquel se livre The New Yorker dans son numéro du 4 mai 2009[1].

Après avoir rappelé que la principale fonction des banques d’affaires est de répondre aux besoins des entreprises en capitaux, y sont décrites les trois périodes au cours desquelles l’économie connût des transformations majeures, générant des besoins en capitaux nouveaux, la croissance de ces besoins causant la croissance des banques d’affaires. Ces trois périodes sont :
- la seconde révolution industrielle de la fin du 19ème siècle ;
- les années vingt au cours desquelles l’électrification transforma l’industrie ;
- l’arrivée des technologies de l’information dans les années quatre vingt.

Cela conduit à la constatation que jusqu’en 1996 la croissance des banques d’affaires a suivi les besoins de l’économie. C’est ensuite que les choses se gâtèrent, car tout ce que l’on a obtenu en échange fut des hectares de maisons vides.

D’où une conclusion, sévère mais juste, sur ce qu’il faut impérativement faire :
Outre la réduction immédiate de la taille des banques d’affaires, nous avons la tâche plus difficile de rendre les bulles de crédit, identiques à celle que nous venons de vivre, moins probables. Cela va exiger la limitation du recours excessif à l’effet de levier, qui augmente évidemment le risque sans valeur ajoutée économique. De nombreuses innovations financières semblent aussi surévaluées car il n’est pas clair qu’elles contribuent à l’accomplissement de la mission principale qui est de conduire le capital aux entreprises. Mais il est sans doute plus difficile de légiférer sur le changement le plus important : Wall Street doit reconnaître que sa fonction, telle qu’elle a été dans le passé, est de suivre l’économie réelle, et non de la diriger. Durant la bulle immobilière, le secteur financier a essentiellement cherché à créer la réalité. Maintenant, le temps est venu de se contenter d’y répondre.

On voit, car ce n’est pas le seul exemple d’analyse américaine de la crise très proche des points de vue européens, que l’Europe aurait grand tort de réduire ses exigences sur la réforme de la finance mondiale ; il existe une vaste opposition à l’idée que Wall Street puisse repartir « comme avant ». Cependant, cette finance, qui reste arrogante alors que son proche avenir est très incertain, peut encore perturber l’économie, et il est permis de se demander si cette menace n’explique pas l’attitude parfois surprenante de l’Administration Obama.


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[1] Monsters Inc. By James Surowiecki

10.3.09

Protectionnisme financier

On ne pouvait pas y échapper ; un des princes de la mondialisation heureuse (en l’occurrence le Premier Ministre Brown cité par The Independant) inquiet, à juste titre, de la fuite des capitaux de la City, causée par le besoin des banques étrangères établies au Royaume-Uni de rapatrier massivement des capitaux, partiellement compensée par les mouvements inverses des banques anglaises, nous avertit, sans rire, des dangers du protectionnisme financier.

Étrange et imprudente audace … C’est encore plus étonnant que la critique des consommateurs qui, inquiets, restreignent leur consommation pour constituer une épargne de précaution afin de ne pas tomber à la charge de la société quand les risques probables se réaliseront. Dans le cas des banques en effet, qualifier des actions légitimes (après tout, les capitaux rapatriés par les banques leur appartiennent ou à leurs déposants, elles n’en ont pas fait cadeau aux Rosbifs, et ces derniers ne les ont pas prévenues que tout dépôt chez eux était fait pour l’éternité) de protectionnisme alors que la mondialisation repose sur la liberté de mouvement de tout ce qui peut bouger et en particulier les capitaux, cela est d’une rare hypocrisie, surtout exprimé par ceux qui se vantaient encore hier d’être les parangons de la finance dont on sait qu’elle repose sur la confiance.

Peut-être bien que des contradictions soigneusement dissimulées jusqu’alors vont commencer à faire surface. Par exemple, l’exportation massive d’actifs financiers toxiques dans un emballage trompeur n’est-elle pas un acte de protectionnisme financier bien pire que le rapatriement de capitaux, puisque de nature à détruire les concurrents au moyen d’objets financiers conçus sinon dans ce but (encore que …) mais avec cette capacité ?

Il faut bien reconnaître que la crise a des aspects douloureux pour celui qui se croit encore le maître du centre financier le plus important du monde. L’argent du monde n’a plus confiance en lui ; les sous à la recherche d’asile vont aux États-unis ou en Suisse, pas sur les terres de sa Gracieuse Majesté ; je ne suis pas sûr que la crainte du protectionnisme financier suffise à les faire retourner à Londres …