22.6.08

La colère est une courte folie ou la tyrannie des sentiments

On a vu se multiplier les manifestations dont le principal argument consistait à dire que ses membres étaient en colère et qu'en conséquence il fallait sans attendre satisfaire leurs revendications. Cette idée qui au premier abord ne semble pas raisonnable a remporté un succès inattendu auprès des médias, non pas en raison d'une logique irréfutable (je suis fou, donc donnez moi des sous), mais plutôt parce que la colère exprime l'indignation que ressent un honnête homme dont le bon droit est continuellement bafoué, sans qu'il ait l'opportunité ou qu'il soit capable de décrire ces agressions. Évidemment le truc a été saisi au vol par un tas de gens qui ont vu là une simplification opportune permettant d'éviter de déployer une argumentation parfois délicate à construire. Il y a donc lieu de prévoir la multiplication des références à la colère toujours légitime des groupes en lutte.

Mais le domaine du recours aux sentiments pour justifier une contestation s’est récemment élargit ; sur le même registre, la haine (pas celle que l’on ressentait jadis, mais celle que l’on possède maintenant, « j’ai la haine ») rend compte des tous les motifs, excuses, circonstances atténuantes, qui justifient les actions violentes envers les biens et les personnes ; et désormais, en politique, de même que la peur était apparue en période électorale pour exprimer une opinion sur un candidat ou sur son programme (l’expression « ça fait peur » énonçait la prise de conscience par l’électeur des extrêmes à redouter de certains candidats) la honte explique et justifie toute contestation aux mesure prises par l’autorité en exercice. Il est probable que la tristesse ne va pas tarder à faire son apparition comme moteur de comportements qui sans elle seraient indéniablement coupables.

Cette évidente fuite devant l’analyse des problèmes, méthode qui seule permettrait d’y apporter une solution durable et équitable, ne s’arrêtera que lorsque des hommes politiques auront prouvé qu’ils respectent suffisamment les hommes et la société pour qu’il soit possible de décrire les vrais problèmes de la vie sans avoir besoin de les envelopper de faux semblants. L’exercice de la raison n’a jamais empêché de ressentir des sentiments.

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