10.12.08

L’anticipation et la réaction

Le rythme intense des réactions de notre Président de la République nous fascine. Il n’est point d’incident survenant dans le territoire confié à son mandat qui ne mobilise d’urgence son attention, son temps et ses immenses moyens, sans qu’il en prévienne le renouvellement par une nouvelle loi après en avoir cautérisé les égratignures avec une enveloppe découverte par chance dans quelque tiroir oublié des greniers du Ministère des finances. Le petit peuple des électeurs n’est pas toujours conscient qu’un État vieux de 1000 ans, plus souvent accusé d’être sur-administré que l’inverse, qui rédige sans cesse des lois d’un volume proustien dont un stock considérable est toujours en attente d’être appliqué, faute sans doute de trouver un point d’application vraiment utile, puisse se trouver sans délai dans l’obligation de rédiger un texte dont l’urgente application avait jusqu’alors échappée à ses plus brillants esprits.
Et le petit peuple a peut-être raison ; en effet, les problèmes qui apparaissent dans la vie des individus et des communautés humaines tombent tous, à de très rares exceptions naturelles près, sous le coup de deux sortes d’attitudes :soit ils ont été anticipés et les réponses préparées, soit ils n’ont pas été anticipés et il ne reste qu’à réagir au mieux ; il est évidemment souhaitable d’avoir des réponses préparées, et on peut s’étonner que notre État soit quotidiennement confronté à des problèmes nouveaux que rien n’aurait permis d’anticiper.
On comprend que la vitesse des transports et l’instantanéité de la transmission de l’information, suscite une impression de confort au décideur ; il n’est plus nécessaire de préparer des mois à l’avance les solutions, temps nécessaire à l’acheminement des moyens, ni de donner les ordres des semaines à l’avance, temps nécessaire à la transmission des ordres. Mais cela, qui est vrai, ne concerne que le temps de l’action elle-même, pas le temps de la réflexion permettant d’anticiper la survenue du problème ni celui de la conception des réponses. Ajoutez à cela l’ivresse de l’action ressentie par le détenteur d’un pouvoir d’agir, et l’hypnose à laquelle ce spectacle soumet les observateurs médiatiques, et vous avez un Président de la République hyper réactif et content de l’être.
Or, si la vitesse a effectivement permis de régler mieux et plus vite certains problèmes, il s’en est révélé de nouveaux, comme l’effet de serre, pour la solution desquels la vitesse est plutôt un danger qu’une aide, alors que l’anticipation est tellement essentielle que notre prise en considération tardive a peut-être compromis, sinon la survie de la planète, au moins l’application des solutions les moins pénibles. De même, nous n’avons pas compris que la vitesse permettant la création et le fonctionnement d’une économie mondialisée, permettait aussi la diffusion quasi instantanée d’une maladie financière menaçant l’ensemble de l’économie ; et aujourd’hui, on entend l’aveu universel que personne n’a anticipé l’arrivée de cet évènement, et donc que personne, dans les cercles des pouvoirs, n’avait pris le temps de réfléchir pour anticiper.
Comme le disait Sun Tzu, « Celui qui excelle à résoudre les difficultés le fait avant qu’elles ne surviennent ». Il n’y en a pas à l’Élysée, mais à la décharge de son occupant, reconnaissons qu’il n’y en a pas non plus sur le reste de la planète.

1 commentaire:

Giacomo a dit…

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A l'injonction "soyez donc réactif !", répondons "Anticipons donc ensemble !"