7.1.09

Quelle déflation ? …

La grande crainte aujourd’hui serait la déflation, la baisse de prix générale et durable qui amène les consommateurs et les entreprises à retarder leurs dépenses et leurs investissements dans l’attente de nouvelles baisses de prix, ce décalage aggravant la crise dans un cercle vicieux que rien ne peut arrêter.

D’après les experts, cette baisse générale des prix augmente les taux d’intérêts réels et accroît ainsi le poids de la dette des agents économiques. On fera respectueusement observer aux dits experts qu’ils parlent là de baisse des revenus et non de baisse des prix, ou alors considèrent-ils les prix comme des revenus, c'est-à-dire qu’ils parlent des petits commerçants (espèce en voie de disparition), ou d’agriculteurs dont la production ne risque pas de souffrit d’une longue baisse des prix. Mais dans une société composée en majorité de salariés à revenu quasiment fixe, même une augmentation importante du chômage laissera un nombre considérable de consommateurs avec des revenus inchangés, et le principal souci budgétaire, social et économique, sera de pourvoir aux besoins de ceux qui ont perdu leur emploi, et non d’arrondir le pouvoir d’achat de ceux qui l’ont conservé.
Il n’est pas inutile de faire observer aux experts que si la crise entraîne très naturellement un accroissement de l’épargne de précaution, avant même toute baisse éventuelle des prix, qui résultera en une baisse de la demande globale inévitable, c’est un comportement socialement sain et peu critiquable ; en effet, le désir de se protéger du risque de tomber à la charge de la société en cas de difficulté est normalement à encourager.
La diminution de la demande oblige les entreprises à s’adapter par toutes les voies possibles, y compris la baisse de prix, mais pas seulement, et en vue d’une situation compétitive destinée à s’améliorer pour les meilleures. Par ailleurs, si cette diminution de la demande se porte pour beaucoup sur l’immense domaine du superflu ou de l’inutile, ce qu’il n’est pas interdit de souhaiter (mais c’est évidemment à chacun de le définir), on devrait aussi concevoir une politique anticrise permettant de satisfaire les besoins vitaux de l’ensemble de la population.

Il est certainement possible d’y parvenir car la crainte décrite au début repose, pour l’essentiel, sur un raisonnement apparemment rationnel, mais dangereusement approximatif : la perspective d’une baisse future ne conduit pas toujours à retarder la décision d’achat tant que la perspective de baisse subsiste. En effet la liste des cas ou des circonstances où ce raisonnement ne s’applique pas porte sur des familles de produits très importantes :
- tous les biens de première nécessité
- les biens atteignant un niveau de prix où leur utilité pour l’acquéreur devient indiscutable, voire irrésistible (en particulier sous l’effet du progrès technologique), sans attendre la prochaine baisse
- les biens avec une importante composante matières premières dont le sens des variations de prix est imprévisible
La seule déflation dangereuse est celle qui résulterait de la baisse du prix du travail humain, et cette déflation là est déjà survenue : c’est celle qui a résulté des délocalisations, et elle a effectivement provoqué des ravages dont on souffre encore.

S’il faut démontrer que le raisonnement sur la déflation n’est pas d’application générale, l’exemple des produits technologiques est particulièrement frappant ; à chaque baisse de prix correspond un élargissement de la demande qui provoque une nouvelle baisse, etc. Tout le contraire de l’effet déflation : c’est la baisse qui génère la croissance.
Dans l’autre sens, l’éclatement des bulles entraîne une baisse de prix rapide, souhaitable pour en éliminer les excès, et permettre aux ménages de reprendre les acquisitions (dans le cas du logement), ou aux épargnants de reprendre les investissements (cas des actions), réactions évidemment souhaitables. De même, la destruction des entreprises affaiblies fait partie de la préparation du redémarrage de l’économie.

Tout ceci amène à penser que les programmes de relance de l’économie doivent moins ambitionner un redressement miraculeux avec de l’argent emprunté que l’on distribuerait largement à tous les consommateurs pour alimenter une demande supplémentaire d’importations asiatiques, en leur faisant payer, d’une manière ou d’une autre, l’année suivante, les intérêts de l’emprunt, qu’un programme assurant méticuleusement le nécessaire aux victimes de la crise, et aux autres les aides financières productives soit aux ménages soit aux entreprises leur permettant d’améliorer durablement leur situation.

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