8.8.08

Fonction : Président de la République

Il n’est sans doute pas équitable de porter un jugement définitif sur un Président de la République en fonction depuis seulement quatorze mois, pour la simple raison qu’il n’a pas encore eu à maîtriser toutes les situations auxquelles il est possible qu’il soit confronté un jour, fort heureusement pour certaines ; mais il est possible d’avoir dès maintenant une opinion sur certaines de ses aptitudes à la fonction.

Le Président de la République française est l’institution qui a la charge d’indiquer la voie de l’avenir, voie qui doit assurer la pérennité du pays dans le respect de ses valeurs essentielles. Depuis l’instauration de la cinquième république, l’objectif de la politique globale de la France est l’indépendance. Perfectionner, prolonger et poursuivre cette politique nécessite évidemment une vision stratégique de l’avenir ; en l’occurrence, l’approche française de la stratégie repose sur deux principes : la recherche et le maintien de la liberté d’action et l’économie des moyens employés.
La fonction nécessite aussi, non pas une compétence technique qui lui est apportée par les services de l’État et tous les experts possibles, mais la capacité intellectuelle à intégrer toutes les évolutions techniques et technologiques dans la politique globale d’indépendance.
Or, on ne peut que constater des faiblesses inquiétantes dans la manière dont la fonction a été tenue. Les voici :
- Les relations internationales (domaine d’intervention important du Président, même si on ne l’appelle plus « domaine réservé »), ne sont pas traitées avec le sérieux nécessaire à la préservation de notre liberté d’action avec tous les pays ; cela a été en particulier démontré dans les relations avec la Chine, la posture de la France ayant été manifestement incertaine, variable, preuve de la perte de notre liberté d’action entièrement captée par la Chine ; la réintégration dans l’OTAN marque aussi une perte délibérée de notre liberté d’action. Il faut noter à cet égard qu’il n’y a pas de contrepartie valable à une perte de la liberté d’action.
- La prévision économique présidentielle s’est largement trompée, aveuglée par un optimisme ne reposant sur rien ; cela aurait dû faire partie des éventualités sans perturber autrement la situation. Malheureusement cet optimisme infondé a été traduit en mesures coûteuses qui ont conduit à une situation économique pire que celle qui aurait résulté de la seule dégradation de la conjoncture. Il s’agit là d’un non-respect du principe d’économie des moyens lourd de conséquence. Ceci a été encore aggravé par la décision de reporter le retour à l’équilibre budgétaire.
- L’attitude devant les problèmes techniques gouvernementaux laisse apparaître des faiblesses inquiétantes : - la tentative de contourner une décision du Conseil constitutionnel par l’instance chargée de protéger la constitution, donc son gardien, laisse sans voix ; - les critiques de la BCE marquées d’une grave incompréhension de la monnaie et de l’économie ; - la confusion entre l’argent, l’épargne et le pouvoir d’achat ; - la séduction ressentie pour le modèle américain dont les vertus romanesques se traduisent dans les faits par la crise financière mondiale, une politique étrangère désastreuse, un protectionnisme caricatural.
Par ailleurs, lorsque la durée du mandat présidentiel a été réduite de 7 à 5 ans, l’horizon présidentiel s’est raccourci de 14 à 10 ans, en admettant que tous les Présidents demandent à être réélus, et parfois obtiennent satisfaction. A une époque de changements importants et rapides du monde, une réduction de 30% est considérable. Mais quand le Président déclare qu’il n’a pas l’intention de demander le renouvellement de son mandat, ce qui n’est peut-être qu’une contorsion politique mais que l’on doit quand même prendre au sérieux, il réduit son horizon d’une baisse supplémentaire de 50%, ce qui amène forcément à la conclusion que la République a perdu son protecteur de l’avenir.

En conclusion, si nous avions à juger d’une période d’essai, la réponse rationnelle serait de mettre fin au contrat. Mais nos institutions sont modérées et n’interrompent pas un mandat pour simple incompétence. Espérons que notre Président actuel réalise qu’il a sa propre révolution culturelle à accomplir simplement pour faire son devoir de Président.

1 commentaire:

François Duran a dit…

Excellent article qui exprime parfaitement mon ressenti. Bravo.
A noter qu’aux deux grands principes que vous évoquez (liberté d’action et économie des forces), vous auriez pu rajouter, pour rester tout à fait « Fochien », le principe de Sureté, qui vise avant tout à ne pas être surpris et, cerise sur le gâteau, à surprendre soi-même pour garder l’avantage…
Bonne continuation.