4.10.04

Incohérence

Les hôpitaux de l’Assistance Publique emploient des milliers de médecins et chirurgiens étrangers ; ils ont aussi « importé » des infirmières espagnoles pour réduire le déficit de 80000 infirmières créé par l’instauration des 35 heures ; on nous rappelle à chaque rentrée que faute de professeurs titulaires, on a recours à des vacataires étrangers.

Or, la mondialisation entraîne la délocalisation des emplois industriels les moins qualifiés, perte que l’on doit compenser par le développement d’emplois qualifiés non délocalisables. Ces emplois se situent, pour ce qui nous intéresse ici, dans le secteur de la santé, et de l’enseignement, mais également dans la sécurité et la maintenance. Il y a donc une incohérence manifeste dans les recours massifs à de la main d’œuvre étrangère (hors UE) qualifiée pour remplir des fonctions non délocalisables.

Les causes de cette incohérence sont les suivantes :
- les médecins étrangers constituent un expédient pour faire baisser les dépenses, expédient qui devient une nécessité quand le recrutement de médecins nationaux devient impossible parce que une bureaucratie irresponsable a réduit le nombre de médecins formés par le système dans le but de réduire les dépenses de la couverture maladie: magistrale erreur de prévision.
- Les infirmières étrangères résultent d’un besoin nouveau, fortuitement apparu suite à une « avancée sociale » elle-même subrepticement appliquée à la fonction publique initialement exclue du bénéfice de la loi sur les 35 heures (à juste titre, et en particulier pour ses conséquences dévastatrices sur l’hôpital). En supposant qu’il faille néanmoins l’appliquer à l’hôpital, rien n’empêchait de lancer un programme de formation d’urgence, et de la mettre en vigueur progressivement. Dans cet exemple, la faute ne réside plus dans une erreur de prévision mais dans une absence de prévision, le plaisir immédiat des promoteurs de la réforme rendant inutile toute anticipation de ses conséquences néfastes.
- Le cas des professeurs vacataires étrangers est moins clair, comme tout ce qui concerne l’Education nationale : politique syndicale, malaise du mammouth, errements bureaucratiques, difficile à dire. Quoiqu’il en soit, il s’agit aussi d’une incohérence avec une politique rationnelle de l’emploi en France.

Il semblerait donc que notre cher et vieux pays, dont le moins que l’on puisse dire n’est pas qu’il est sous-administré, manque d’un niveau de contrôle portant sur la cohérence des actions du gouvernement et des administrations ; on aurait pu penser que le Plan était le lieu idéal de ce contrôle, mais il a perdu son prestige et son autorité ; ce pourrait être une des principales responsabilité du Premier Ministre, mais c’est un problème secondaire pour un homme politique, fort satisfait de lui-même quand il a pu ne pas se contredire pendant une heure entière. Alors il reste le président …

Tant pis pour la cohérence … , peut-être en 2007...

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