25.6.08
LA DETTE, MONSIEUR GUAINO ET QUELQUES AUTRES
Je serais évidemment ravi que la dette publique soit indolore pour les citoyens, et qu’il soit possible de la faire croître indéfiniment sans que l’on souffre de la croissance parallèle de la charge annuelle d’intérêts.Mais les arguments présentés pour défendre cette thèse sont fragiles, voire douteux. Les voici :
- la France n’est pas plus endettée que les autres pays, elle l’est même souvent moins ;
- dans le bilan de l’État, la dette est compensée par des actifs suffisants ;
- dans le bilan de la France, la dette de l’État est compensée par les économies des Français :
- l’emprunt est utile quand il finance des investissements ;
- la partie de la charge annuelle des intérêts payée à l’étranger est compensée par les intérêts perçus sur les placements français à l’étranger.
Tout d’abord, il y a lieu de se réjouir qu’il soit fait référence aux bilans de l’État et de la France, source évidente d’un raisonnement comptable, schéma intellectuel que l’on nous avait jusqu’ici décrit comme la plus barbare des stupidités.
Tentons ensuite de répondre à ces cinq impressionnants arguments.
1. En quoi dois-je être satisfait de ce que la France ne soit pas plus endettée que les autres pays ? Je constate que la dette est la cause de la charge des intérêts de la dette qui n’est pas pour rien dans le déficit « récurrent » comme dit Henri Guaino, puisqu’à eux seuls ils égalent ce déficit. Et le déficit présente deux inconvénients, il provoque une augmentation de la dette, et donc des intérêts de l’année suivante, ainsi qu’un mécontentement grandissant de l’UE qui nous reproche à juste titre de ne pas tenir nos engagement (ce n’est donc pas la faute de l’UE, mais celle de ceux qui ont pris des engagements intenables).
2. Dans son rapport sur la certification des comptes de l’État, la Cour des comptes porte un jugement dans les termes suivants :"Le bilan économique de l’État doit permettre d’évaluer sa situation patrimoniale et le financement de ses activités à partir du tableau de la situation nette. Au 31 décembre 2007, il peut se résumer en un « actif économique » de 386 Md€, avec un endettement net de 1 042 Md€ et une situation nette négative de 656 Md€. Celle-ci, qui se dégrade de 63,2 Md€ par rapport à 2006, met en évidence le poids de l’endettement net face à l’actif économique et montre les limites d’une politique de désendettement circonscrite aux cessions d’actifs. »La cour ne mentionne pas l’épargne des Français comme un actif de l’État, il est donc parfaitement fallacieux de la faire intervenir dans ce débat. L’État devra donc trouver les ressources ailleurs que dans son bilan pour faire face à la charge de la dette, et ce sera forcément soit dans l’impôt, soit par l’emprunt, et ceci sera vrai demain comme cela l’est aujourd’hui.
3. Il n’existe pas un bilan de la France qui amalgamerait les dettes de l’État et l’épargne des Français. Les créanciers de l’État ne peuvent présenter leurs titres aux particuliers pour en demander le remboursement. Il est donc très audacieux de prétendre que « la dette de l’État est compensée par les économies des Français », à moins que l’on ne veuille user de cette métaphore pour illustrer qu’à un moment où à un autre la charge de la dette retombera directement sur les contribuables disposant de l’épargne nécessaire.
4. Nous sommes bien d’accord que l’emprunt est utile quand il finance des dépenses d’investissement productif ; le problème depuis 25 ans, c’est que nous n’avons pas financé des investissements avec l’emprunt, mais surtout les déficits de fonctionnement, qui évidemment ne génèrent pas de recettes ultérieures comme le font les investissements productifs. Alors les acrobates de la dette se disent qu’il suffirait de coller sur des dépenses de fonctionnement le miraculeux label « investissement » pour trancher le nœud gordien. Et d’ajouter que la comptabilité commerciale a de ces audaces. A ce point, il convient de rappeler que les principes comptables associent au label « investissement » certes le privilège de ne pas être pris en charge lors de l’acquisition, mais aussi, et corrélativement, l’obligation d’amortissement, c'est-à-dire de prendre en charge annuellement une fraction proportionnelle à sa durée de vie. De telle sorte que si vous décidez de traiter comme un investissement des dépenses récurrentes comme l’éducation, que l’on amortirait sur 20 ans, on arriverait en régime de croisière à investir chaque année la valeur X du budget de l’éducation et à amortir 1/20° de X multiplié par 20 soit X. C’est pour cette raison que l’on ne considère comme investissement que des dépenses productives et non récurrentes, toutes les dépenses qui se renouvellent chaque années devant naturellement trouver des financement récurrents chaque année aussi.
5. La question de la charge des intérêts est particulièrement importante pour les contribuables, et la description faite par Fitoussi and Co particulièrement mensongère. Chaque année 60% des 40 milliards d’Euros d’intérêts sont payés par le Trésor aux créanciers étrangers de l’État qui le plus souvent est obligé de les emprunter, alors que les revenus des placements étrangers de Français ne sont pas encaissés par le Trésor. Les intérêts seront donc finalement à la charge des contribuables, et pas à la charge de ceux qui les ont touché. Donc les contribuables supporteront la totalité de la charge des intérêts, aussi bien ceux payés en France que ceux payés à l’étranger. Comment peut-on prétendre que c’est sans aucune importance ?
Ci-dessous quelques remarques de la Cour des comptes
Flux de trésorerie liés aux opérations d’investissementL’exercice 2008 sera marqué, au contraire, par le franchissement du seuil de 100 Md€ de remboursement annuel de dette (103,8 Md€ prévus en 2008 et 2009), niveau jamais atteint dans le passé. Compte tenu du déficit budgétaire prévisionnel (41,7 Md€), le besoin de financement de l’Etat atteindra près de 145 Md€, en augmentation de 40 % en un an.…
L’augmentation de 2007 s’est accompagnée d’évolutions significatives dans la structure de la dette. Tandis que les conditions d’émission d’un volume élevé d’emprunts à plus d’un an se dégradaient, l’Etat a eu recours à des modalités de financement potentiellement plus coûteuses. Les emprunts à moins d’un an représentent 8,5 % de l’encours de la dette négociable fin 2007 (7,6 % fin 2006) ; alors que leur encours avait été réduit de 29 Md€ en 2006, il a augmenté de 12 Md€ en 2007. La part du financement de court terme devrait encore croître en 2008, aggravant l’exposition de la dette au risque de hausse des taux d’intérêt. Par ailleurs, la part de la dette indexée dans l’encours de la dette moyen et long terme est passée de 13,6 % à 15,7 % en 2007 ; l’encours des emprunts indexés s’élève désormais à 132 Md€.
Si les taux d’intérêt servis sur les emprunts indexés sont moins élevés que sur la dette non indexée, de 2 % environ en moyenne, l’indexation sur l’évolution des prix à la consommation du capital d’une trop grande partie de la dette pourrait s’avérer coûteuse pour l’Etat si lesindices continuaient de remonter fortement.
…le déséquilibre du bilan de l’Etat, qui se traduit par une situation nette négative. Celle-ci résulte cependant aussi de l’accumulation continue de déficits pendant une longue période.…Ces évolutions traduisent à la fois une dégradation de la situation financière de l’Etat (le déficit patrimonial de 2007 représente les deux tiers environ de la dégradation de la situation nette)
22.6.08
La colère est une courte folie ou la tyrannie des sentiments
Mais le domaine du recours aux sentiments pour justifier une contestation s’est récemment élargit ; sur le même registre, la haine (pas celle que l’on ressentait jadis, mais celle que l’on possède maintenant, « j’ai la haine ») rend compte des tous les motifs, excuses, circonstances atténuantes, qui justifient les actions violentes envers les biens et les personnes ; et désormais, en politique, de même que la peur était apparue en période électorale pour exprimer une opinion sur un candidat ou sur son programme (l’expression « ça fait peur » énonçait la prise de conscience par l’électeur des extrêmes à redouter de certains candidats) la honte explique et justifie toute contestation aux mesure prises par l’autorité en exercice. Il est probable que la tristesse ne va pas tarder à faire son apparition comme moteur de comportements qui sans elle seraient indéniablement coupables.
Cette évidente fuite devant l’analyse des problèmes, méthode qui seule permettrait d’y apporter une solution durable et équitable, ne s’arrêtera que lorsque des hommes politiques auront prouvé qu’ils respectent suffisamment les hommes et la société pour qu’il soit possible de décrire les vrais problèmes de la vie sans avoir besoin de les envelopper de faux semblants. L’exercice de la raison n’a jamais empêché de ressentir des sentiments.
La lisibilité
Or, il y avait dans le TCE trois textes, le préambule, la constitution (Partie I) et la charte des droits fondamentaux (Partie II), courts, simples car ne faisant aucune référence au traités précédents, et compréhensibles à première lecture, toutes qualités concourrant à une bonne lisibilité, et qui auraient pu, à eux seuls, faire l’objet de la question posée, à condition de renoncer à ce petit plaisir de bureaucrate qui consistait à adapter, dans le même mouvement, tous les traités antérieurs aux dispositions nouvelles de ces textes, en contravention évidente au vieux principe que le mieux est l’ennemi du bien.
Car les objections au TCE, avant le vote, outre sa lisibilité, portaient quasiment toutes sur le contenu des parties III et IV, ainsi que sur les protocoles et annexes.
Voici le nombre de pages de chacune des parties du TCE :
Préambule : 8 pages (2 pages de texte et 6 pages listant les 27 chefs de gouvernement signataires)
Constitution : 60 articles en 33 pages (longueur qui n’a rien d’exceptionnel pour une constitution)
Chartes des droits fondamentaux : 54 articles en 13 pages.
Le référendum de 2005 aurait pu ne porter que sur ces textes, soit un ensemble de 54 pages dont le volume aurait pu être réduit par une mise en page appropriée d’une part, et d’autre part en ne soumettant pas au vote la charte, texte certes important mais qui n’aidait en rien le fonctionnement des institutions de l’Union. Une telle présentation n’aurait pas pu être qualifiée d’illisible, et elle n’aurait pas attiré les critiques portant sur le contenu des précédents traités.
Cette solution n’a pas été retenue, et ceux qui savent pour quelle raison et dans quelles conditions peuvent maintenant en mesurer les conséquences. Mais s’il ne sert a rien de pleurer sur le lait répandu, il y a lieu de s’interroger sur la répétition qui vient de se produire. Car on parle à nouveau de lisibilité et de la longueur du texte soumis au vote. Or la technique même du traité « simplifié » impliquait une complexité encore plus grande du texte, illisibilité prévue dès le début de l’opération.
On a donc totalement ignoré, la seconde fois comme la première, que les prodiges de communication dont se vante notre époque doivent être utilisé en premier lieu dans leur emploi le plus utile à une société démocratique que sont les consultations électorales. Pour cela, étant admis que l’on ne fait appel au référendum que dans des occasions qui le justifient, telle que l’adoption d’une constitution, et comme la question posée doit être dénuée de toute ambiguïté, ce qui implique que l’électeur dispose du texte de la loi qui est proposée, il faut et il suffit que les rédacteurs soient conscients qu’un texte s’adressant à l’ensemble du corps électoral nécessite d’autres soins qu’un texte destiné au parlement.
Ceci avait été fait par les constituants dont le texte de la constitution ne souffre pas de critique de lisibilité, mais a été gâchés par les énormes additions placées à sa suite. Il faudra retenir la dure expérience des referenda rejetés pour que l’Union puisse consulter à l’avenir son peuple en ne risquent plus de voir ses projets rejetés pour de mauvaises raisons.
18.6.08
La politique est-elle un métier ?
1. À partir moment où on refuse l’élection à vie, qui aurait pourtant le mérite de réduire le nombre d’élections toujours coûteuses et sources possibles de troubles, il faut fixer une durée au mandat. Cette durée doit être assez courte pour que l’élu n’ait pas le temps d’abuser des pouvoirs qui lui sont confiés, et assez longue pour que la période de mise au courant puisse être « amortie » sur une période plus longue d’efficacité de l’élu. Cet objectif atteint, il faut se demander si l’élu peut postuler à un autre mandat électif en même temps qu’il exerce le premier, sans renoncer au premier, ou en renonçant au premier. Les Romains, qui ne plaisantaient par en ces matières, répondaient non, probablement pour éviter la concentration des pouvoirs qui ne pouvait excéder, de leur point de vue, les définitions qu’ils avaient données des mandats ; en effet permettre de cumuler deux mandats est équivalent à la création d’un nouveau mandat détenant davantage de pouvoirs sans que cela résulte des actes constitutionnels ou leurs équivalents. Il faut aussi se demander s’il faut autoriser le renouvellement du même mandat pour un élu. Les Romains, encore eux, exigeaient un intervalle de dix ans pour le renouvellement d’un mandat donné, sauf pour une fonction particulière dont le mandat ne pouvait être renouvelé du tout ; on voit le souci que l’influence acquise en raison du pouvoir détenu lors du premier mandat ait le temps de s’estomper jusqu’à disparaître avant que l’élu revienne au pouvoir.
Il serait dont intéressant, utile et probablement nécessaire que les avocats du cumul nous expliquent en quoi la nature humaine du XXIème siècle s’est tellement améliorée qu’elle permet d’affranchir maintenant les élus des obligations si manifestement nécessaires dans une république pourtant beaucoup moins démocratique que la nôtre.
2. En admettant qu’ils y parviennent, ils devraient alors expliquer pourquoi il est préférable de donner plusieurs mandats au même élu ou de permettre à un élu de renouveler le même mandat sans limites, plutôt que de faire accéder à la représentation du peuple d’autres citoyens. L’argument usuel consiste à dire que le monde moderne est si complexe que la solution de ses problèmes nécessite une compétence qui ne se trouve que chez les citoyens déjà élus, dans le même mandat ou dans un autre ; cela revient à dire que les « déjà élus » ont une capacité à acquérir la compétence requise supérieure à celle des « pas encore élus », ce qui semble pour le moins audacieux. Mais sur le registre de la compétence, il y a malheureusement une objection douloureuse fondée sur la performance. En effet, cette population d’élus (quelques milliers de personnes) qui prétend que leur compétence a transformé la vie politique en métier, ne peut présenter des résultats sur les 25 dernières années qui démontreraient leur adaptation réussie au monde complexe auquel ils font référence. Pendant ces 25 années, leur gestion de la France n’a aboutit qu’à un déclin indiscutable, causé par leur incapacité non seulement à anticiper les difficultés, mais simplement à y adapter la nation. Il leur est impossible de démontrer que le partage de leurs mandats avec quelques milliers d’autres citoyens aurait eu des conséquences défavorables. Ils sont en train de verrouiller dans la médiocrité, leur médiocrité, tout un peuple.
Alors, à la question initiale, la réponse est NON, la politique n’est pas un métier. Et la compétence n’est pas le problème ; le propre de la complexité est d’obliger à prendre des décisions dans un univers incertain ; c’est ce que font à longueur d’année non seulement les élus mais aussi tous les cadres, ingénieurs, responsables divers et dirigeants de tous les pays. On doit uniquement compter sur leur capacité d’adaptation à des responsabilités nouvelles, et rien ne nous permet d’en douter.
16.6.08
Le triomphe du marché
En effet, si l’élargissement est la cause réelle de la situation actuelle, il est probable qu’il faut s’intéresser aux raisons qui l’ont motivé et à la manière dont la décision a été prise et appliquée, puisque c’est là que réside vraisemblablement les motifs du refus des peuples consultés par référendum, pour avoir une chance de régler un jour le problème.
L’élargissement
Historique
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/elargissement-union-europeenne/grandes-etapes.shtml
Difficultés prévisibles
http://www.senat.fr/rap/r01-295/r01-295.html
En avril 2002, les « difficultés prévisibles » étaient prévues et elles ont conduit à la succession d’évènements qui culminent avec le refus irlandais. L’impasse faite sur les difficultés prévisibles étaient justifiées à l’époque, et le seraient sans doute encore aujourd’hui, par des raisons principalement politiques. Il s’agissait d’offrir aux pays auxquels la chute de l’URSS venait de restituer l’indépendance une issue confortablement balisée vers la prospérité, accompagnée d’une stabilisation de l’espace entre l’union de l’époque et la Russie. Le résultat actuel confirme la validité de cette vision. Mais ce qui a été sous-estimé ou ignoré, réapparaît maintenant.
1. Les difficultés prévisibles. Il a été compris dès le début que l’élargissement rendrait indispensable une réforme de la méthode communautaire et de ses institutions. La raison exigeait d’y procéder avant d’élargir. La simple prudence aurait demandé que le risque soit étalé, minimisé, en procédant à un élargissement progressif ; cela s’imposait d’autant plus que les dix pays concernés présentaient des différences suffisamment grandes de préparation à l’entrée dans l’Union pour le justifier. Or la Commission imposa, plutôt qu’un élargissement progressif, laissant aux nouveaux entrants le temps de s’adapter, l’un après l’autre, à l’état de l’Union, méthode faisant de l’élargissement non un traumatisme, ce qu’il fut, mais une croissance perçue comme maîtrisée, ce qu’il aurait pu être. Alors, on peut se demander pourquoi les deux grands pouvoirs de l’Union, le Conseil et la Commission, ont pour le premier forcé la décision et pour le second accepté de la prendre. C’est là que l’on arrive aux effets imprévus voire cachés.
2. Les effets imprévus voire cachés. En premier lieu, l’indépendance des états de l’Europe de l’Est, en faisait des enjeux militaro-politiques. Les États-unis voulaient les soustraire de l’influence russe et pour cela leur offrit la protection de l’Otan, et on peut comprendre que les anciens « protégés » de l’URSS l’aient acceptée avec empressement. Évidemment dans l’état où ces pays se trouvaient, une telle situation était instable et nécessitait en parallèle une action diplomatico-économique majeure. L’adhésion à l’U.E. était la réponse parfaite. Et pour que tout cela soit cohérent et diplomatiquement solide, il fallait que cela soit coordonné, pour faire de l’entrée dans l’Otan une conséquence secondaire de l’entrée dans l’Union. On voit que sur ce premier point, la motivation des entrants repose principalement sur leur sécurité et non sur l’idéal européen.
En second lieu, un groupe de pays membres de l’Union, n’ont jamais caché que pour eux le marché libre et non faussé était ce qu’ils recherchaient dans l’Union après cependant les fonds structurels ; pour ce groupe, l’arrivée de 12 membres supplémentaires intéressés principalement par l’économie de l’Union, et par conséquent opposés à toute perspective de réforme lui permettant d’évoluer dans une direction différente, était pain béni, d’où son opposition à tout retard dans l’entrée des nouveaux.
3. Les peuples refusent. On s’est beaucoup interrogé sur les raisons pour lesquels les peuples se sont mis à refuser les réformes qu’on lui proposait, et continuent de le faire. Il est probable que les refus néerlandais et français sont différents du refus irlandais, bien que l’on ait tendance à les mettre ensemble. Ce qui frappait dans les deux premiers refus, c’est qu’ils venaient de pays fondateurs, ce qui constitue une différence remarquable (et pour les Français d’un texte dans lequel la France avait profondément mis son empreinte, ce qui le rendait vraiment « lisible », contrairement à ce qui est souvent dit). Tout s’est passé comme si les peuples ne reconnaissaient plus leur Europe, celle de pays proches, de dimensions et d’importance comparable, et on les associait à des états lointains, parfois minuscules qui ne pourraient donc pas partager la charge de nos ambitions tout en ayant capté l’essentiel de nos droits de parole et de décision.
Et cela avait été fait sans nous demander notre avis, et maintenant on nous demandait d’approuver un changement qui ne visait rien d’autre que de continuer. La réponse fut non.
Pour le refus irlandais, il n’y a pas de difficulté d’interprétation ; nulle influence d’un projet commun, simplement l’analyse d’une situation favorable dont il faut tirer le meilleur parti. Seul paradoxe de cette dialectique simple, l’intérêt que l’Irlande trouve dans le grand marché dépend en partie d’un refus d’une concurrence non faussée, objectif de l’Union, car la fiscalité irlandaise pratique une concurrence si adroitement faussée que l’Irlande a refusé le traité en partie pour ne pas perdre cette possibilité.
4. Les limites du veto. L’utilisation du veto par les Irlandais n’est que la plus récente manifestation d’une tendance des nouveaux membres à utiliser l’arme absolue. S’il n’y a pas lieu d’en critiquer l’emploi, il est légitime que les états qui subissent ce qui ressemble à une épreuve de force abusive parce que sans sanction, et inadaptée alors que l’union ne fonctionne depuis toujours que par le compromis, recherchent d’autre voies pour satisfaire leur besoin d’évolution. On a peut-être assisté à la dernière utilisation du veto.
5. En attendant que d’autres voies d’évolution soient découvertes, le marché sans entraves va triompher, ce qu’il faut regretter, car les crises en cours n’ont de chance de trouver des solutions que dans d’immenses efforts peu compatibles avec un grand marché vicié par des manœuvres fiscales. Mais ces autres voies, que pourraient-elles être ?
Il y a la voie de la patience ; de même que des politiques comme l’Euro ou Schengen gagnent progressivement l’adhésion de ceux qui n’étaient pas convaincus au départ, les évolutions impératives qui s’annoncent peuvent aussi créer de nouveaux arguments en faveur de l’union.
Il y a aussi la voie du dynamisme modéré des coopérations renforcées qui, sur certains sujets comme une politique commune de l’énergie (difficile à concevoir en raison des égoïsmes et particularismes nationaux, mais d’autant plus utile), permettraient assez vite de prouver leur nécessité.
13.6.08
Les raisons du désamour.
Les 27 ne sont pas une collectivité unie ; il y a un fossé profond entre le clan des anglo-saxons et assimilés, et les fondateurs et assimilés. Les partis favorables à l’Europe « politique », celle qui veut refléter des valeurs et bâtir une société, doivent reconnaître cette situation soit pour convertir les partisans du marché, soit pour imaginer une évolution de l’Union permettant d’atteindre leurs objectifs, et cesser de faire semblant de ne pas voir le problème. Par ailleurs, autoriser des exemptions sans contrepartie, ce qui aboutit, par exemple à ces députés britanniques qui participent à l’élaboration de lois qui ne seront pas appliquées dans le Royaume-Uni, obscurcit dangereusement les objectifs de l’Union.
Le clan du libéralisme ne connaît pas de limite à ses appétits : François Bayrou citait récemment la libéralisation des jeux d’argent comme abus manifeste de l’utilité de la concurrence. La commission a aggravé cette impression avec ses Commissaires de la concurrence, véritables extrémistes d’une thèse imparfaite, qui ont déjà causé de graves dégâts, par exemple en s’opposant à des fusions pourtant rationnelles à l’échelle de l’Union. Elle est en train de creuser encore le fossé, avec la prétention de confisquer les réseaux de distribution d’énergie à ceux qui les ont construits ; s’agissant d’une infrastructure vitale, on perçoit mal l’intérêt collectif d’en permettre l’usage par d’autres exploitants dont la performance consistera, dans le meilleur des cas, à détourner la recette qu’en retirait légitimement le constructeur. L’intérêt pour le consommateur est inexistant.
Les institutions de l’Union ne permettent pas au citoyen européen de se rendre compte de la manière et de l’efficacité avec laquelle leurs représentants (députés et ministres) défendent leurs intérêts. Les médias, qui devraient jouer un rôle dans ce domaine, parlent facilement des sanctions dont la Commission menace leur pays, souvent pour des retards dans l’application de règles à la préparation desquelles les dits représentants ont participé, mais ne marquent guère d’intérêt pour faire le suivi de ces questions AVANT la fin du délai permis. En vérité, pour motiver tout ce monde plus ou moins complice, il faudrait une sorte de Cour des Suivis, afin que les représentants du peuple soient obligés de répondre de la mise en application effective des textes européens dans les délais prescrits.
Dans le même ordre d’idée, les accords internationaux signés par l’Union entraînent des conséquences pour leur nation, qui nécessitent souvent des adaptations plus ou moins longues et complexes. Le cas des quotas textiles négociés avec la Chine en 1995 pour 10 ans est typique de certaines incuries de l’État au sens le plus large (Institutions, Gouvernement, Administration). Ces 10 années offertes à une adaptation rationnelle ont été totalement perdues par un système incompétent et paresseux qui s’est permis de constater sur un ton de surprise scandalisée qu’une véritable invasion de produits textiles chinois apparaissait en janvier 2006 (produits commandés par les distributeurs nationaux en 2005, car eux suivaient le dossier), Là encore, la Cour des Suivis aurait été indispensable.
Sur le chemin de l’Europe puissance, il y a l’Europe diplomatique, celle de la puissance douce. Elle se trouve souvent dans un situation peu claire, celle où le conflit éternel entre le réalisme des rapports de force et l’idéalisme des valeurs universelles se colore beaucoup du second, ce qui est souhaitable jusqu’au point ou cela nuira à nos intérêts au point de ne plus pouvoir utilement défendre nos valeurs. Comme le dit H. Védrines « la diplomatie n’a pas été inventée pour ne parler qu’à nos amis », et il ajoute que Bush, classant le monde entre amis et ennemis et décidant de ne plus parler aux ennemis et, ne parlant plus, il décide d’imposer sa démocratie de l’extérieur, a fait le contraire de la diplomatie, ce qui explique ses échecs. Il faut donc trouver le chemin étroit sur lequel on ne ferme pas les portes diplomatiques d’un côté tout en pratiquant de l’autre une assistance financière, matérielle et morale aux mouvements aspirant à leur propre application de la démocratie.
Des règles de financement des campagnes assouplies ?
http://www.lefigaro.fr/politique/2008/06/10/01002-20080610ARTFIG00005-des-regles-de-financement-des-campagnes-assouplies.php
Assouplir la réglementation
Dans ses observations sur les législatives de juin 2007, rendues publiques le 29 mai, le Conseil constitutionnel avait lui aussi recommandé aux pouvoirs publics d'assouplir la réglementation. La haute juridiction a évoqué le cas d'un candidat aux législatives qui, pour avoir réglé lui-même 550 €, a vu son compte de campagne rejeté par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. «On peut douter de l'utilité d'un tel contrôle et de la nécessité des sanctions attachées aux irrégularités lorsque les dépenses sont aussi faibles », argumente le Conseil constitutionnel. En outre, il arrive que le candidat règle lui-même des frais en raison de «l'indisponibilité temporaire du mandataire pour le règlement d'une dépense urgente».
Surtout, la déchéance du mandat assortie d'une inéligibilité d'un an interdit à l'intéressé de se représenter à l'élection législative partielle qui suit. «Cette sanction est beaucoup plus sévère que celle qui s'applique à un candidat dont l'élection a été annulée à la suite d'une fraude ou d'une manœuvre condamnable», conclut le Conseil constitutionnel. On comprend donc le cauchemar du candidat qui paye une tournée dans un café avant de devoir dire à voix basse au patron, avec un sourire gêné : «Envoyez la note à mon mandataire.»
C’était trop beau pour que ça dure …
Le financement des campagnes électorales par l’État était fondé sur des normes, strictes comme toute norme sérieuse, mais qui n’empêchaient pas un candidat organisé d’engager toutes les dépenses autorisées, dans les limites permises.
On vient nous présenter comme insupportable (un cauchemar !) la situation « du candidat qui paye une tournée dans un café avant de devoir dire à voix basse au patron, avec un sourire gêné : «Envoyez la note à mon mandataire.» » Qu’est-ce que le sourire gêné vient faire là-dedans ? De plus, n’existe-t-il pas des solutions non-cauchemardesques de régler ce minuscule problème ?
Il faut se rappeler qu’une campagne électorale au cours de laquelle aucune somme d’argent ne sera passée entre les mains du candidat (ni en recette, ni en dépense, car si on autorise les dépenses, il faudra aussi permettre les recettes, et on sait à quoi cela a conduit dans un passé pas très lointain) présente une garantie sérieuse de transparence financière. Or la transparence financière est un acquis considérable après le scandale que constituaient les pratiques antérieures qui n’étaient rien d’autre que des détournements de fonds publics assortis de corruption. Si cela complique un peu la vie des candidats, ils devraient vivement apprécier de ne plus être suspectés de ces malhonnêtetés, au prix de menus inconvénients.
Qu’ils ne s’étonnent pas que, de même qu’ils exagèrent les inconvénients du régime actuel, on exagère aussi les inconvénient du moindre assouplissement considéré comme l’ouverture d’une porte pour de nouvelles et plus inquiétantes facilités.
23.5.08
Le retour du protectionnisme?
16.5.08
Pourquoi y a-t-il moins de grèves dans le secteur privé que dans le secteur public ?
13.5.08
Les fonctionnaires et les effectifs de fonctionnaires
Dans un régime démocratique on s’attend donc à ce que toutes les décisions de dépenses de l’État et parmi celles-ci l’engagement des fonctionnaires qui le servent, soient prises par les élus du peuple. C’est d’ailleurs ce qui se passe pour les militaires dont l’éthique professionnelle a hérité de l’adage romain selon lequel le pouvoir militaire obéit au pouvoir civil et qui ne se sont jamais permis de manifester d’une manière ou d’une autre, et encore moins par la menace de désordres publics, qu’ils exigeaient une augmentation de leurs effectifs.
Par contre les fonctionnaires civils se croient autorisés, en permanence, non pas à donner leur avis sur la question, ce qui à titre individuel, et en tant que citoyen, est parfaitement légitime, mais aussi en tant que corporation, à exiger des augmentations d’effectif (ou à refuser des diminutions, ce qui revient au même) sous la menace explicite ou implicite de perturber la vie publique et de nuire à la vie quotidienne des citoyens, ce qui ne l’est pas. Ces menaces reflètent en effet une capacité de nuisance considérables par la détérioration partielle et parfois complète des services publics, cause première de l’existence des fonctionnaires, ce qui conduit souvent les gouvernements à céder à la menace.
Cette pratique néfaste a causé des conséquences particulièrement sérieuses dans la période récente au cours de laquelle les effectifs de l’État ont continué d’augmenter alors que la décentralisation transférait de plus en plus de tâches aux régions ; il y a là une des raisons, et pas la moindre, de la situation désastreuse des finances publiques.
On voit que le droit de grève n’est pas, ou ne devrait pas, être concerné par un tel sujet ; il est en effet possible de défendre les intérêts actuels et futurs des salariés faisant grève, sans pour cela décider de sujets qui sont de la responsabilité exclusive des détenteurs légitime du pouvoir, les électeurs. L’argument selon lequel ces exigences d’augmentation des effectifs seraient uniquement motivées par les conditions de travail et/ou la qualité des services publics, il n’est pas recevable au motif que le premier est parfaitement traité par les pouvoirs actuels des instances représentatives du personnel et des institutions comme la médecine du travail et les autorités d’inspection en vigueur. Quant aux diminutions des effectifs budgétés tant qu’elles n’entraînent pas de licenciement secs elles ne nuisent pas au personnel en place qui bénéficie de toute façon du statut de la fonction publique.Dans l’intérêt de la vie démocratique, il serait donc souhaitable que les fonctionnaires cessent, en tant que corporation, de placer les effectifs dans leurs revendications, afin que ce sujet de grande importance retrouve la place qu’il mérite dans le débat public, sans être entaché des préjugés sur les fonctionnaires, ni des préjugés des fonctionnaires sur eux-mêmes
7.5.08
Partager des ressources rares
La crise alimentaire va nous amener plus vite que prévu à réfléchir à la répartition des ressources au niveau mondial. Le plus simple, car les prix administrés ont trop d'inconvénients, est que les prix reflètent la rareté des produits, car c'est ce qui permet le mieux la réaction la plus efficace des systèmes de production. A noter que, de cette manière, les prix intègrent aussi les obligations nouvelles liées au climat, à l'eau, etc. Cela suppose que les pays sous-développés ou en développement disposent des ressources financières pour payer les importations. La logique de la répartition de ressources limitées c’est que tous les habitants de la planète aient les mêmes droits de propriété sur chacune des ressources, quelque soit l’endroit où elle se trouve, alors que dans un monde infini (ou considéré comme tel) où il était possible de découvrir de nouvelles terres que les aventuriers n’imaginaient pas dépourvues de richesses, on se partageait les terres ainsi que ce qui était dessous. Cependant, on avait rapidement compris que le droit de propriété individuel sur la terre ne comprenait ni ce qui était sous la surface, ni ce qui dépassait ce qu’on était en droit de construire, et donc que ces deux dimensions étaient une propriété collective. Maintenant, les ressources se révélant limitées soit parce qu’elles sont irremplaçables, soit parce que les moyens de les produire (sols arables, eau, conditions climatiques) ont des limitations, la propriété collective d’une population nationale, devient la propriété collective de la population mondiale. Il faut se demander comment on peut procéder au partage des ressources non renouvelables. Il est évident que le partage physique, même si en cas d’extrême rareté il ne devrait pas être exclu, n’est pas une solution pratique ni souhaitable pour les PSD et tous les PEVD, et qu’il faudrait au moins partager la rente qu’en retire le détenteur géographique. On voit les difficultés qui résulteraient de l’application d’une telle solution, mais « quoi d’autre ? ».
L’actualité internationale nous apporte une réponse, certes partielle, mais intéressante si des intérêts nationaux n’étaient pas en train de l’éliminer ; il s’agit des richesse contenues dans le sous-sol des mers arctiques, au-delà des limites actuelles internationalement reconnues, et dans d’autres mers pour des motifs géologiques inventés pour l’occasion (prolongement du plateau continental). L’opinion ne manifeste pas encore son intérêt pour ce sujet, probablement car les richesses qui motivent cette réforme sont à de grandes profondeur, très difficiles à extraire, ce qui cependant les laisse suffisamment attractives pour susciter cette action. Or il s’agit de richesses non renouvelables, énergie et métaux, sur lesquelles aucune nation ne possède de droits historiques ou légaux, et qui pourraient donc être les premiers actifs d’une coopérative mondiale détenant l’exclusivité de l’exploitation de ces gisements.
La simple existence de cette coopérative mondiale, serait-elle future, exercerait une influence certaine sur l’évolution du marché de ces produits, ce qui est de la plus grande importance. En effet on peut tout craindre de l’évolution du commerce de biens dont la disponibilité est limitée ; les règles du libre échange ne fonctionneront plus ; le prix ne sera plus fait par le marché, mais par le rapport inégal entre celui qui a un besoin impératif d’un bien donné et celui qui dispose de ce bien et est prêt à le vendre au plus offrant ou à d’autres conditions, pas forcément monétaires (alliance militaire, assistance technique, etc.). De plus, un changement de paradigme sur le marché des matières premières, ne tardera pas à transférer ses effets sur les autres marchés, sans aucune exception. Même en étant optimiste sur les aptitudes humaines à s’adapter au changement, nul ne peut évaluer l’ampleur des bouleversement qui en résulteraient sur les échanges mondiaux. C’est pourquoi, la création de cette coopérative de production mondiale est une des toutes dernières chances de freiner ces bouleversements.
Qu’est-ce que la spéculation sur les matières premières ?
On dit qu’il s’agit d’un marché à terme, parce que les transactions portent sur des biens qui n’existent pas encore, mais qui seront disponibles, après récolte ou fabrication, à une certaine échéance.
Prenons l’exemple du Blé sur le marché de Londres. C’est là que se négocie le blé européen dont la récolte annuelle est de l’ordre de 125 millions de tonnes, en deux qualités, le blé meunier et le blé fourrager. Les échéances annuelles sont les suivantes : janvier, mars, mai, juillet et novembre, et le marché cote le blé sur 8 échéances, c'est-à-dire qu’aujourd’hui on peut faire des transactions aux échéances de mai 2008, juillet, novembre, janvier 2009, mars, mai, juillet et novembre.
L’unité de transaction s’appelle un contrat et porte sur 50 tonnes. Pour un cours de 200€ la tonne, un contrat représente donc 10000€ ; il faudra, pour être admis à le souscrire, faire un dépôt de garantie de 10% ou davantage. Chaque jour la bourse calcule l’effet de la variation des cours sur votre contrat, et vous réclame un supplément de garantie (l’appel de marge), ou vous verse un bénéfice provisoire.
Le vendredi 25 avril 2008, il y a eu 3737 contrats négociés sur le blé meunier, amenant l’encours total à 73390 contrats, représentants 3,7 millions de tonnes de blé meunier, à quoi on peut ajouter 0.6 millions de tonnes de blé fourrager, soit 4.3 millions de tonnes sur une production annuelle de l’Europe de 125 millions de tonnes. A noter que 3.4 millions de tonnes sur les 4.3, soit 80%, portent sur une seule échéance, celle de novembre 2008.
On admettra aisément que sur cette quantité modeste à l’échelle de l’Europe, un partie non négligeable concerne les agriculteurs (en fait des coopératives spécialisées) cédant leur production à des industriels de l’alimentaire qui en auront besoin de manière certaine.
Alors quelle est la part de la spéculation sur le marché du blé européen ?
On vient de voir l’utilisation du marché à terme par les acteurs pour lesquels le terme a des conséquences concrètes ; ils veulent réellement céder physiquement les produits pour les uns et les faire rentrer dans leurs usines pour les autres, à la même date.
Maintenant appliquons les règles des marchés à terme à la description de la spéculation faite plus haut : « il suffit d’acquérir de grandes quantités de titres ». Il y a deux cas à considérer : soit la récolte future n’est pas encore vendue, soit elle est déjà vendue. Dans le premier cas, le spéculateur est certain de pouvoir livrer le blé à l’échéance, il a simplement créé une demande solvable qui n’existait pas, et s’il en apparaît une autre il pourra sans doute lui vendre avec profit. Cependant, si elle n’apparaissait pas, ou si elle apparaissait à un prix inférieur à ce qu’il souhaite, il perdra de l’argent, et si elle n’apparaît pas, il se retrouvera avec des tonnes de blé qu’il faut liquider dans un entrepôt qu’il faudra payer. Dans le deuxième cas, il doit trouver une contrepartie à son achat, et en l’absence de producteur, il va trouver un spéculateur jouant sur la baisse des cours. Et il ne pourra gagner qu’en vendant à un autre spéculateur jouant sur une hausse des cours encore plus forte que celle sur laquelle il a lui-même spéculé, et il faut le trouver avant l’échéance.
Tout cela est possible, mais associé à de grands risques. C’est quoi les grandes quantités ? Un millième de la production mondiale (600000 tonnes) demande un dépôt de garantie de 12 millions € (*) avec un risque supérieur.
Le véritable problème se situe sur les points faibles exploités par les spéculateurs, et non par la vente à terme elle-même :
- l’effet de levier offert par des dépôts de garantie insuffisants ; lse bourses le connaissent bien puisqu’en cas de variation trop rapide des cours elles les augmentent comme l’a fait récemment la bourse de Chicago, sur le blé ;
- la spéculation à la baisse des actions rendues possibles par le prêt de titres fait par des détenteurs institutionnels (assurances, fonds de pension, etc.)
- le prêt d’or fait par des banques centrales permettant à des mines de pratiquer des ventes à découvert qui ont bouleversé le marché de l’or pendant des années.
- les prêts consentis aux hedge-funds pour fabriquer des effets de levier astronomiques
(*) Le chiffre de 12 millions fixait l’ordre de grandeur des capitaux nécessaires et des risques relatifs. Il permet de se rendre compte des montants en jeux dans la spéculation sur le blé sur marché de Londres dont on a vu plus haut que l’en-cours s’élevait à 4.3 millions de tonnes ; les capitaux mobilisés s’élèvent à 86 millions à la date du 25 avril, montant qui ne semble pas de nature à attirer tous les Jérôme Kerviel de la terre.
Je reste donc convaincu que les prix actuels n’auraient pas connu les variations que l’on a constatées si la demande ne s’était pas significativement accrue, ce qu'elle a fait.
25.4.08
Le MoDem et la lisibilité
L’idée qu’un nouveau parti pourrait s’affranchir des étiquettes conventionnelles et proposer aux électeurs une nouvelle vision de la politique fut immédiatement jugée comme une menace par les acteurs bien établis de la vie politique nationale. Les partis en premier virent dans ce nouveau participant, non seulement un concurrent, mais une menace envers leur conception sclérosée de la politique ; les journalistes redoutèrent une complexité nouvelle qui allait rendre plus difficile leur tâche d’information et d’explication ; et les intellectuels eurent à analyser et prévoir l’issue de cette initiative qui menaçait la validité de leurs schémas habituels. Mais ceux qui réagirent le plus vivement furent les hommes politiques les plus proches de FB qui n’acceptèrent pas les risques associés à cette nouveauté et partirent vers l’univers qu’ils connaissaient, celui des étiquettes si simples à comprendre.
Alors commença une épreuve qui n’est pas encore terminée, et qui a consisté à tenter de vider de sens le projet de FB. Le procédé est simple ; on n’a pas entendu les explications sur la politique autrement, et on pose sans arrêt une question dénuée de sens : « dans l’espace politique gauche-droite, où se situe le MoDem ? » , question démultipliée à l’infini chaque mois que le MoDem entre en contact avec un interlocuteur ou un objet de l’univers gauche-droite. C’est ainsi que le concept l’illisibilité du MoDem a été créé. On regrette d’ailleurs que cela ait été aggravé par les adhérents du MoDem eux-mêmes, qui, dans leur soif de trouver une réponse facile à la question naturelle des électeurs : « c’est quoi, le MoDem ?», véhiculent à l’intérieur du parti le regret qu’il soit difficile à décrire.
A ce stade, on est en droit de se demander comment 50000 personnes ont pu se laisser convaincre aussi facilement d’adhérer au MoDem s’il est si peu lisible, sans parler des sept millions d’électeurs qui on voté pour FB à la présidentielle. S’agissant des adhérents, ils ont souvent, et un peu partout, exprimé les raisons pour lesquelles ils ont adhéré, c'est-à-dire ce qu’était pour eux la lisibilité parfaite du projet de FB (quand ce n’était qu’un projet). A la question « c’est quoi le MoDem ? », ne suffit-il donc pas de répondre les raisons qui ont incité les 50000 à adhérer ?
Mais cela n’est évidemment pas suffisant, et il faut ensuite répondre à la question : « ça fait quoi le MoDem ? ».
12.4.08
Leclerc lance une pétition
D’après lui, le déremboursement a entraîné des augmentations de prix abusives de 20% pour la première salve et de 36% pour la seconde. L’argument est évidemment que l’industrie pharmaceutique et les officines ont profité de leur monopole pour exploiter les consommateurs.
Que s’est-il vraiment passé ?
Le prix de vente et les marges (de l’industrie et de la distribution – grossistes répartiteurs et officines) de toutes les spécialités pharmaceutiques remboursées par la SS sont fixés par l’Administration. Les produits déremboursés étaient des produits anciens dont les prix n’avaient par été réévalués depuis de très nombreuses années ; ils étaient encore fabriqués, simplement parce que le remboursement en soutenait la consommation et donc les séries économiques de fabrication.
Le déremboursement entraîne naturellement une chute brutale de la consommation de ces spécialités dont les séries de fabrication deviennent beaucoup plus coûteuses ; le prix de revient augmentant, le prix de vente augmente aussi et parfois dans de grandes proportion. Notons au passage que les médecins, sous la pression des malades auront parfois, non pas supprimé cette spécialité de leurs ordonnances mais l’auront remplacée par une spécialité plus récente et plus coûteuse, effet pervers bien connu des prix administrés qui annule l’effet attendu de la réforme, et parfois l’inverse.
Alors que va offrir vraiment Leclerc ?
Comme d’habitude la grande distribution va probablement vendre sans marge dans l’îlot de perte que sera le rayon des spécialités sans ordonnances, car l’océan de profit de ses autres rayons lui permet cette politique détruisant toute concurrence. Et les officines dont la marge moyenne n’est pas supérieure à celle de Leclerc vont perdre un rayon qui contribuait à leur fonctionnement.
Les consommateurs ont-ils enfin compris que la satisfaction à court terme de prix prétendument cassés voire pulvérisés leur a causé au cours des 20 dernières années de graves mécompte sur le plan de l’emploi ; l’apparente séduction des promesses de Leclerc constitue une menace sur le niveau de service et de sécurité auquel ils avaient normalement accès dans la distribution du médicament.
10.4.08
Taxer les carburants pour l'aviation
D'autre part, nos importations de ces produits, ou du pétrole permettant de les obtenir, en seraient opportunément réduites si les compagnies s'organisaient pour s'approvisionner dans les aéroports de nos voisins qui n'appliqueraient pas cette idée.
L’heure de vérité approche
Fonds de Réserve des Retraites (FRR)
http://www.fondsdereserve.fr/IMG/pdf/Communique_9avril2008.pdf
donne une idée des difficultés de la retraite par capitalisation
En effet, dans une année au cours de laquelle les bourses n’ont pas été trop cruelle, la performance du fonds n’a pas dépassé 4.8%, c'est-à-dire 0.4% de mieux que la performance minimum acceptable (qui correspond au coût de la dette, car le FRR n’est en vérité qu’un emploi de capitaux empruntés !). Cela s’est ensuite fortement détérioré, puisqu’au cours du 1er trimestre 2008 le portefeuille a perdu 9% de sa valeur (3.1 milliards d’euros). Les capitaux disponibles il y a 15 mois sont donc en retard sur leur objectif de l’ordre de 18%. Certes c’est une gestion à long terme, mais le rattrapage même s’il n’est pas impossible, se produira, s’il se produit, selon un calendrier que personne ne peut prétendre maîtriser.
De plus, si on était, comme un fonds de pension « ordinaire », dans la phase de paiement de pensions chaque mois (ou trimestre), les fonds décaissés dans ces conditions boursières ne récupéreront jamais les plus-values perdues, qui devront être récupérées par les capitaux investis, c'est-à-dire que leur objectif de placement à long terme devra être relevé.
Ainsi, si l’objectif actuel du FRR était de 8%, les quinze dernier mois l’aurait porté à 9.5%, ce qui démontre la gravité des aléas auxquels est soumis ce type de placement.
25.11.07
Vous avez dit "priorité"?
Ces problèmes ont été négligés si longtemps qu'ils ont atteint un stade où ils sont reliés entre eux : la question des retraites et des dépenses maladie ne trouve de solution qu'en réduisant davantage le pouvoir d'achat, cette réduction ne faisant qu'aggraver le problème du logement. D'autre part, il n'est pas possible d'augmenter la pression fiscale (par une augmentation de la TVA, seul impôt suffisamment efficace étant donné les besoins, ce qui diminuerait le pouvoir d'achat); on ne peut donc pas non plus supprimer le déficit budgétaire, ce qui entraîne une augmentation de la dette, et l'année suivante une augmentation du déficit, donc à nouveau de la dette selon le cercle infernal dans lequel nous sommes enfermés depuis 1981.
Il est intéressant d'observer que le déficit budgétaire (de l'ordre de €40 milliards) est égal au service de la dette; il est donc arithmétiquement correcte de dire que sans la dette le budget serait équilibré. A cela de grands esprits répondent, avec un dédain qu'ils ne peuvent dissimuler, que la dette est un moyen indispensable pour financer la croissance et les investissements qu'elle requiert.
Cela pourrait être vrai, mais quand on regarde comment les €1100 de notre dette actuelle se sont construits, on découvre avec surprise qu'il s'agit pour plus de la moitié d'intérêts que l'on a été obligés d'emprunter pour pouvoir les payer. Admettons direz-vous, mais les autres €500 milliards ont certainement été dépensés pour des investissements rentables contribuant à la croissance. S'agissant de leur rentabilité, on peut en douter puisqu'ils n'ont jamais été capables de financer seulement les intérèts de la dette qui les justifierait; quant à leur contribution à la croissance, elle n'est pas apparue suffisante au cours des 25 dernières années pour éviter la situation catastrophique d'aujourd'hui.
On peut conclure de tout cela que la question des priorités visant à maîtriser cette situation est devenue cruciale.
Pour l'instant, le moins que l'on puisse dire c'est que ce n'est pas très clair.
7.7.06
GM et l’Alliance Renault-Nissan
Ce sujet ne peut être abordé sans un rappel du caractère original de l’Alliance : une approche nouvelle de la collaboration de deux entreprises industrielles respectant la personnalité,la culture et les marques de chacune. Cela n’a donc aucun rapport avec une fusion qui, même amicale, entraîne la prise du pouvoir absolu par le plus fort, conduisant ainsi fréquemment l’opération à l’échec.
La plupart des commentaires entendus sur le projet de faire entrer GM dans l’Alliance font manifestement référence à une fusion plus qu’à l’Alliance. Il faut se rappeler aussi que R.Wagoner, quand Nissan cherchait un sauveteur, avait rejeté cette possibilité pour GM au motif que tout l’argent qui y serait mis serait perdu ; il pensait Nissan condamnée à disparaître. Bien qu’il ait pu observer que non seulement elle n’a pas disparu mais qu’elle a regagné en peu de temps un niveau de prospérité enviable, il n’a manifestement pas perçu la différence qu’a constitué l’Alliance, comparée à une fusion.
Il n’est pas interdit de penser que D.Kerkorian a, lui, compris le potentiel de l’Alliance, même si ses objectifs personnels sont simplement de faire une plus-value rapide sur son paquet d’actions GM ; l’évolution du cours de Nissan après l’arrivée de Renault a évidemment pu l’inspirer.
Les principales objections soulevées par les commentateurs concernent la période à laquelle ce projet entrerait en application, période qui ne serait pas opportune car Renault vient de lancer un important programme sur trois ans dont la direction de Renault ne devrait pas être distraite, ainsi que le souci que Carlos Ghosn ne se consacre à GM au détriment de Renault et de Nissan. Sur ces sujets, il est raisonnable de penser que C. Ghosn n’a plus à prouver qu’il sait apprécier une situation dont la responsabilité lui a été confiée ; laissons lui donc le soin de décider à quel moment cela pourrait éventuellement être fait sans nuire aux objectifs en cours. On peut penser en particulier que l’équipe de choc de personnel Renault qui a fait l’opération Nissan est maintenant doublée d’une équipe équivalente de personnel Nissan, ce qui donne les moyens nécessaires pour une opération GM.
Si l’on admet que les méthodes qui se sont révélées acceptables pour les Japonais pourraient l’être également par les Américains, il reste deux difficultés à régler avant de commencer toute étude : la participation de Renault et de Nissan au capital de GM, et, last but non least, la sécurité juridique.
L’Alliance n’est pas la fusion, mais toute peine mérite salaire, et il faut qu’un éventuel sauvetage rapporte quelquechose à ceux qui l’ont accompli ; cela signifie que Renault et Nissan doivent avoir des options d’achat permettant de compléter leur participation finale à un chiffre compris entre 40 et 49% . L’image de GM pour l’Amérique rend-elle ceci possible ou non ? De plus, le Congrès qui s’intéresse toujours aux acquisitions étrangères d’entreprises américaines l’accepterait-il ? On peut en douter, au moins tant que la situation laisse espérer une solution différente.
La question de la sécurité juridique se pose toujours aux Etats-Unis, mais maintenant, après l’affaire EXECUTIVE LIFE, elle constitue, particulièrement dans le cas de sauvetage, un risque dissuasif. En effet, pourquoi consentir d’énormes efforts avec l’assentiment de toutes les parties administratives et politiques, s’il est toujours possible dix ans après d’être poursuivi et contraint d’accepter des compromis ruineux par un système juridique hors de contrôle ?
L’issue de cette affaire dépend évidemment de l’état réel de GM, sachant que le management en place attendra jusqu’au bout l’aide de l’état fédéral dont il pense qu’il ne laissera pas mourir une telle icône de l’industrie américaine.
5.4.06
TOCQUEVILLE AVAIT PREVU CHIRAC
Dans le Bondy Blog, un lecteur rappelait l’admirable description de la France faite par Tocqueville, et qui semble encore si fidèle aujourd’hui :
« Quand je considère cette nation en elle-même, je la trouve plus extraordinaire qu'aucun des événements de son histoire. En a-t-il jamais paru sur la terre une seule qui fut si remplie de contrastes et si extrême dans chacun de ses actes, plus conduite par des sensations, moins par des principes ; faisant toujours plus mal ou mieux qu'on ne s'y attendait, tantôt au-dessous du niveau commun de l'humanité, tantôt fort au-dessus ; un peuple tellement inaltérable dans ses principaux instincts qu'on le reconnaît encore dans des portraits qui ont été faits de lui il y a deux ou trois mille ans, et en même temps tellement mobile dans ses pensées journalières et dans ses goûts qu'il finit par se devenir un spectacle inattendu à lui-même, et demeure souvent aussi surpris que les étrangers à la vue de ce qu'il vient de faire ; le plus casanier et le plus routinier de tous quand on l'abandonne à lui-même, et lorsqu'une fois qu'on l'a arraché malgré lui à son logis et à ses habitudes, prêt à pousser jusqu'au bout du monde et à tout oser ; indocile par tempérament, et s'accommodant toutefois de l'empire arbitraire et même violent d'un prince que du gouvernement régulier et libre des principaux citoyens ; aujourd'hui l'ennemi déclaré de toute obéissance, demain mettant à servir une sorte de passion que les nations les mieux douées pour la servitude ne peuvent atteindre ; conduit par un fil tant que personne ne résiste, ingouvernable dès que l'exemple de la résistance est donné quelque part ; trompant toujours ainsi ses maîtres, qui le craignent ou trop ou trop peu ; jamais si libre qu'il faille désespérer de l'asservir, ni si asservi qu'il ne puisse encore briser le joug ; apte à tout mais n'excellent que dans la guerre ; adorateur du hasard, de la force, du succès, de l'éclat et du bruit, plus que de la vrai gloire ; plus capable d'héroïsme que de vertu, de génie que de bon sens, propre à concevoir d'immenses desseins plutôt qu'à parachever de grandes entreprises ; la plus brillante et la plus dangereuse des nations de l'Europe, et la mieux faite pour y devenir tour à tour un objet d'admiration, de haine, de pitié, de terreur, mais jamais d'indifférence ? »
Il suffit de retirer quelques mots, et d’en changer quelques autres, pour faire de ce texte superbe un portrait de Chirac fort ressemblant.
« Quand je considère cette [personne] en elle-même, je la trouve plus extraordinaire qu'aucun des événements de son histoire. En a-t-il jamais paru sur la terre une seule qui fut si remplie de contrastes et si extrême dans chacun de ses actes, plus conduite par des sensations, moins par des principes ; faisant toujours plus mal qu'on ne s'y attendait au-dessous du niveau commun de l'humanité; un être tellement inaltérable dans ses principaux instincts qu'on le reconnaît encore dans des portraits qui ont été faits de lui il y a [trente] ans, et en même temps tellement mobile dans ses pensées journalières et dans ses goûts qu'il finit par se devenir un spectacle inattendu à lui-même, et demeure souvent aussi surpris que les étrangers à la vue de ce qu'il vient de faire ; le plus casanier et le plus routinier de tous quand on l'abandonne à lui-même, et lorsqu'une fois qu'on l'a arraché malgré lui à son logis et à ses habitudes, prêt à pousser jusqu'au bout du monde et à tout oser ; indocile par tempérament, et s'accommodant toutefois de l'empire arbitraire et même violent d'un prince que du gouvernement régulier et libre des principaux citoyens ; aujourd'hui l'ennemi déclaré de toute obéissance, demain mettant à servir une sorte de passion que les nations les mieux douées pour la servitude ne peuvent atteindre ; conduit par un fil tant que personne ne résiste, ingouvernable dès que l'exemple de la résistance est donné quelque part ; trompant toujours ainsi ses maîtres, qui le craignent ou trop ou trop peu ; jamais si libre qu'il faille désespérer de l'asservir, ni si asservi qu'il ne puisse encore briser le joug ; apte à tout mais n'excellent que dans la [politique la plus médiocre] ; adorateur du hasard, de la force, du succès, de l'éclat et du bruit, plus que de la vrai gloire ; plus capable d'[erreur] que de vertu, de [culot] que de bon sens, propre à concevoir d'immenses [abus] plutôt qu'à parachever de grandes entreprises ; la plus [bizarre] et la plus dangereuse des [personnalités] de l'Europe, et la mieux faite pour y devenir tour à tour un objet [de scandale], de haine, de pitié, de terreur, mais jamais d'indifférence ? »